Les chrétiens fuient l’Irak et le berceau du christianisme

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Après avoir dû choisir entre la valise, le Coran ou le cercueil, les chrétiens ont fui en masse ce mois de juillet la ville irakienne de Mossoul. « Les combattants de « l'Etat islamique » (EI) procèdent à un nettoyage religieux inouï », estime le Réseau évangélique suisse (RES).

Par La FREE | le mardi, 29 juillet 2014

« Un programme de nettoyage religieux systématique est en cours, les rebelles de l'EI expulsant ou tuant tous les non sunnites, s'est indigné vendredi 25 juillet le RES dans un communiqué. Les chrétiens sont particulièrement touchés. » L'EI est un État internationalement non reconnu, en guerre en Syrie et en Irak. Il y contrôle une partie du territoire de chaque côté de la frontière. Proclamé le 29 juin 2014, il se revendique comme un califat. Mi-juillet, il a sommé les chrétiens de Mossoul de choisir entre partir, se convertir à l'islam ou périr « par le glaive ». Les chrétiens de cette ville, anciennement Ninive, y étaient installés depuis près de 2'000 ans. « Ils représentaient l'une des plus anciennes communautés chrétiennes dans le monde », souligne le RES.

Une ville vidée de ses habitants chrétiens
On estime que ce sont près de 3'000 familles chrétiennes qui ont ainsi dû fuir Mossoul, la deuxième ville irakienne en termes de population. Elles ont tout laissé derrière elles pour trouver refuge dans le Kurdistan irakien.
Ces dernières années, de nombreux chrétiens ont dû fuir l'Iraq en raison de l'insécurité et des menaces constantes dont ils font l'objet. Alors qu'il y a dix ans, 1 million de chrétiens vivaient encore dans le pays, ils ne sont aujourd'hui plus que 300'000. Et à Mossoul, on est donc passé en à peine dix ans, de 200'000 chrétiens... à 0. Les troupes de l'EI voudraient maintenant s'emparer de la capitale, Bagdad.

Exode des chrétiens au Moyen-Orient
L'Irak mis à part, les chrétiens sont confrontés à des menaces grandissantes qui accélèrent leur exode dans tout le Moyen-Orient.
Pris en étau entre une rébellion dominée aujourd'hui par les islamistes radicaux et le régime de Bachar el-Assad, les chrétiens de Syrie seraient près de 450'000 à avoir fui les combats qui ravagent leur pays. Ils représentaient 8% des 22 millions de Syriens avant la guerre.
En Egypte, après le printemps arabe de 2011 que beaucoup avaient soutenu, les chrétiens ont essuyé les violences du régime des Frères musulmans. Leur départ sous le gouvernement Morsi s'est accéléré.
Au Liban, si la tradition voulait que le président du pays soit un chrétien maronite, le pouvoir réel est passé entre les mains des musulmans, indiquait dans ses colonnes du 27 juillet le Matin Dimanche. L'importance de la communauté chrétienne, estimée à 1,5 millions de fidèles, soit 34% de la population, ne cesse de s'éroder.
Les chrétiens d'Israël et Palestine enfin sont en net recul. Ils représentaient 18% de la population à la création de l'Etat d'Israël en 1948. Ils seraient moins de 2% aujourd'hui. Plusieurs organisations membres du Groupe de travail pour la liberté religieuse du RES – à l'image de Portes Ouvertes (PO) et d'Aide aux Eglises dans le monde (AEM) – sont actives dans la région et apportent une aide humanitaire. Elles s'investissent également dans la réconciliation entre Israéliens et Palestiniens.
AEM, Christian Solidarity International, le Comité d'action pour les chrétiens persécutés et PO sont également présents en Irak et en Syrie avec des projets à long terme, notamment auprès des réfugiés.
Gabrielle Desarzens

 

Image: la lettre"N" (nûn) en arabe. Cette lettre a été dessinée sur les maisons des chrétiens à Mossoul pour les identifier et les chasser ou les tuer. Le N est la première lettre du mot "Nazaréen" (chrétien).