« La mort de Jésus en romans » par Antje Carrel (republication)

mercredi 08 avril 2020

En ce temps de Pâques, voici quatre romans qui invitent à réfléchir au chemin parcouru par Jésus vers la mort sur la croix. Alors que ces œuvres font partie d'une littérature non chrétienne, elles nous invitent néanmoins à méditer profondément sur le scandale de la mort du Christ en croix.

Dieu s'est fait homme. Dès lors, l'humanité s'en trouve changée. Le message de l'Evangile a transpercé toutes les sphères de la société, et plus particulièrement celle des arts. Depuis plus de deux mille ans, il capte notre attention et intrigue notre imagination. Le roman a permis à de nombreux écrivains de (re)découvrir les textes canoniques et de les agrémenter de leur propre créativité, ainsi que du questionnement continu qui les habite. Ces auteurs, qui prennent des libertés plus ou moins grandes avec le texte biblique, non seulement dévoilent certaines particularités du Christ à des non-chrétiens peu connaisseurs, mais ils permettent aussi aux chrétiens d'avoir une autre approche du texte biblique. Alors que ces œuvres sont des fictions, elles donnent une perspective différente au croyant, lui proposant des questionnements que la familiarité de l'Evangile pourrait ne plus soulever. Nikos Kazantzaki, Pär Lagerkvist, Eric-Emmanuel Schmitt et François Mauriac, parmi tant d'autres, ont apporté leur pierre à l'édifice de la personne de Jésus en littérature. Sur leurs traces, le lecteur est invité à se questionner et à se positionner vis-à-vis du Christ et de son sacrifice salvateur.

Jésus, déserteur de la croix ?
Nikos Kazantzaki désire dépeindre le Christ dans son intégralité. C'est-à-dire un Jésus qui n'est pas uniquement spirituel, mais un Jésus qui fait face aux tentations liées à son humanité. Dans La Dernière tentation du Christ, cet écrivain grec décide de dévoiler le Christ dans ses doutes les plus profonds, dans son incompréhension liée à son existence, dans sa différence. Soulignant l'humanité du Christ d'une façon controversée – Jésus doit faire le choix d'accepter sa divinité –, l'auteur nous invite à descendre le fils de Marie du piédestal sur lequel nous aurions tendance à l'élever et à imaginer comment en tant qu'homme ce dernier aurait vécu sa divinité. Par une manœuvre subtile, le lecteur est amené à réfléchir au sens de la crucifixion. Jésus, au paroxysme de sa souffrance, aurait-il été tenté de se « défiler » ? Sûrement. Kazantzaki nous propose un stratagème que Satan aurait utilisé pour tenter Jésus sur la croix, en suggérant à son imaginaire que son avenir pourrait être différent. Le lecteur est pris aux tripes : Jésus, un lâche et un dégonflé ? Personne ne pourrait lui reprocher d'utiliser son bon sens et d'éviter ainsi une mort à petit feu, effroyable. Mais alors que le Christ s'imagine dans un avenir où il est entouré de deux épouses et d'une ribambelle d'enfants, soudain il reprend conscience. Bien loin d'être un lâche, un déserteur ou un traitre, il se soumet à la volonté de son Père, et déclare avant de mourir : « Tout est accompli. » Lire La Dernière tentation du Christ, c'est, en retenant ce qui est bon, se laisser interroger par des questions qui amènent le lecteur à méditer le chemin de croix de Jésus de Nazareth.

L'incrédule Barabas
Pär Lagerkvist, cet écrivain suédois prix Nobel de littérature, s'est attaché à imaginer le chemin de vie non pas du Christ, mort sur la croix, mais de Barabas qui y a échappé. Dans son roman Barabas, Lagerkvist montre l'incrédulité de ce birgand, lorsqu'il entend les rumeurs que celui qui a pris sa place serait le Messie tant attendu. Alors qu'il rejette avec mépris cette idée d'un Dieu qui ne peut pas se sauver lui-même, il ne peut se séparer de l'image du Christ qui lui vient sans cesse à l'esprit. Les rencontres que Barabas, « le libéré », fait après sa sortie de prison le ramènent toujours à la personne du Messie. Il côtoie les premiers martyrs chrétiens. Dans des mines de l'Empire romain appelées « le Royaume des morts », Barabas partage les fers de Sahak, un Arménien chrétien. Ce dernier porte au revers de sa plaque d'esclave, signe de son appartenance à Rome, l'inscription : Christos Jesus. Ces mots grecs signifient pour Sahak la liberté. Il n'appartient pas à l'Etat romain mais à Christ. Barabas se fait à son tour graver la même inscription. Mais, peu de temps après, il la reniera, alors que son compagnon de malheur se fera crucifier pour sa foi. Pär Lagerkvist dépeint un Barabas rempli de questions, dont l'incrédulité marquée le retient de faire un pas de foi. Alors que Dieu ne cesse de le rejoindre, Barabas, dès lors esclave à Rome, mettra le feu à la ville pensant servir Christ, tandis que ce n'est que l'Empire romain qu'il aide. Barabas meurt, crucifié, entouré de chrétiens accusés à tort d'avoir provoqué un incendie. Jésus est aussi mort pour ce voleur qui aurait dû mourir à sa place à Golgotha. Barabas, « le libéré », murmure ainsi en mourant : « A toi, je remets mon âme. »

Entre raison et sentiments
L'incrédulité de Barabas se retrouve dans la personne de Pilate qu'Eric-Emmanuel Schmitt nous invite à découvrir. Dans L'Evangile selon Pilate, cet auteur français contemporain explore la mort du Messie, tout en y opposant la pensée rationnelle romaine. Pilate, alors préfet de Judée, doit élucider le mystère qui entoure la mort de Jésus, pour éviter un soulèvement politique néfaste à Rome. Le lecteur est invité à suivre Pilate dans ses tentatives d'élucidations de la question qui le tourmente : « Où est donc passé Jésus ? » Cette disparition ne peut être qu'une simulation. Les disciples ont volé le corps ou alors Caïphe s'est emparé de celui-ci afin d'éviter un culte posthume. Lorsque Pilate fait son enquête, il apprend que Jésus est apparu à des gens. Eric-Emmanuel Schmitt soulève, au travers de Pilate, des interrogations toujours pertinentes aujourd'hui. En opposant à un Pilate cartésien son épouse Claudia Procula, l'auteur souligne un cheminement de foi caractérisé non par une réflexion rationnelle mais par une réponse du cœur. Alors que Pilate entend parler de l'ascension du Christ. il s'exclame avec dépit : « Je ne serai donc jamais chrétien, Claudia. Car je n'ai rien vu, j'ai tout raté. » A son épouse de suggérer : « Alors peut-être est-ce toi le premier chrétien ? »

Une vie, écho d'un sacrifice premier
François Mauriac, prix Nobel de littérature en 1952, aborde pour sa part le sacrifice du Christ sur la croix comme en écho dans son ouvrage L'Agneau. Il met en scène un jeune homme, Xavier Dartigelongue, habité d'un amour disproportionné pour les gens qu'il rencontre. Ce roman est inspiré du sacrifice du Christ, et de ce fait du sacrifice que tout chrétien devrait faire en portant sa croix comme Xavier. Mauriac invite son lecteur à se questionner sur la Passion du Christ. Jésus n'était-il pas en proie au désespoir lorsqu'il endurait sur la croix la souffrance du monde sur ses épaules ? En dépeignant Xavier anxieux et altruiste, Mauriac nous encourage à méditer sur la souffrance et le doute qui ont submergé le Christ. Alors que l'on peut imaginer les pensées du Messie dans de tels moments, Xavier, dans un moment de désespoir quant à la portée de sa vie, s'exclame, comme en écho à la vie de Jésus : « Si encore j'en avais sauvé un seul ! »

***

Ces quatre romans, pas toujours représentatifs du corpus de textes littéraires sur la personne de Jésus, font écho aux récits bibliques de la crucifixion. Au travers de ces écrits, les auteurs ont pu formuler leurs propres questions, leurs doutes quant à la personne de Jésus. Ce qui est sûr, c'est que, deux mille ans après, la mort du Christ est toujours un sujet qui interroge. Alors que la littérature reflète une société en crise par rapport aux valeurs chrétiennes, elle peine à saisir le message de la croix : Dieu qui, en Jésus, se donne pour notre salut.

Antje Carrel, étudiante en littérature


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