« J'aimerais être un évangélique normal » par Claude-Alain Baehler

lundi 25 janvier 2016 icon-comments 8

Le journal Le Matin s'est fait l'écho d'un projet de témoignage évangélique en Suisse. Comme cela se fait souvent, il a employé pour cela le langage de la conquête et du marketing. Ne serait-il pas temps de faire évoluer l'image que nous véhiculons ?

Le 22 janvier dernier, Le Matin titrait en une : « Eglises évangéliques en Suisse, la grande offensive ». En pages 4 et 5, sous le titre « Le projet fou des évangéliques », il donnait des informations au sujet d'une campagne de diffusion du fameux verset de Jean 3.16. Celle-ci devrait permettre à chaque habitant de la Suisse de bientôt pouvoir entendre ou lire que « Dieu a tant aimé le monde... »

Relayée par la page Facebook de lafree.ch, la nouvelle interpelle par son vocabulaire : offensive, projet fou, prosélytisme, vaste campagne... Pourquoi un langage aussi guerrier et marketing pour parler d'une campagne visant à faire connaître l'amour de Dieu ?

Comme les titres de certains livres!

Il faut dire que cette manière de présenter les évangéliques est dans l'air du temps. Un détour par une grande librairie en ligne est révélateur à ce sujet. On y trouve des titres tels que : « Les évangéliques à la conquête du monde », « Des évangéliques tentés par le pouvoir absolu » ou « Les évangéliques à la conquête de la France ». Si je ne connaissais les évangéliques que par le moyen des médias, je serais inquiet. J'aurais l'impression d'avoir affaire à une sorte de « djihadisme ».

Il faut cependant avouer que les premiers à employer un langage guerrier, ce sont les évangéliques eux-mêmes. Ils chantent : « Dieu a une armée qui se lève », même si, dans les faits, cela ne crève pas les yeux ! Par le passé, ils ont chanté des cantiques qui font aujourd'hui frémir : « Le saint combat. Pour porter le glaive et courir au feu, pour lutter sans trêve, le Seigneur te veut ». Oups ! Et lorsqu'ils prient, certains « réclament le lieu pour le Seigneur ». Les non-évangéliques, qui ne savent pas trop comment comprendre ce langage, prennent peur.

Refuser le langage guerrier

J'aimerais bien être un évangélique normal. Pas offensif, fou, prosélyte, accapareur ou guerrier. Juste normal !

Parce que, dans les faits, que font les évangéliques de Suisse romande ? En tout cas pas la guerre ! Ils croient, ils en débattent et ils témoignent de leur foi autour d'eux. Ils aiment – entre autres – Dieu, la solidarité, la rencontre, le service, la famille, les arts, les repas et, à l'occasion, le verre de l'amitié. Le moment ne serait-il donc pas venu de refuser, au nom de la réalité, le langage guerrier que d'autres nous appliquent… et que nous employions parfois nous-mêmes ?

« Le Seigneur te fait savoir ce qui est bien. Voici ce qu’il demande à tout être humain : faire ce qui est juste, aimer agir avec bonté et vivre avec son Dieu dans la simplicité » (Michée 6.8).

Claude-Alain Baehler
Rédacteur responsable de Vivre
 
Les trois pages du Matin du 22 janvier.

8 réactions

  • olivier mardi, 26 janvier 2016 09:31

    Merci pour cette réflexion à laquelle je souscris entièrement! Dommage qu'au nom de l'Amour et de la Vérité-Jésus-Christ nous utilisions un langage qui semble être celui de donneur de leçons, voire vindicatif. Tu vas peut-être un peu loin avec la comparaison au djihadism.... car à ma connaissance en Suisse les évangélique ne combattent qu'à coup de traités, flyers et autres courriers des lecteurs dans la presse... nous savons combien la liberté d'expression est précieuse!
    Mais de grâce, comme tu nous le rappelles bien, veillons à notre jargon-patois-de-canaan, source de malentendus! Finalement, les évangéliques sont sympas!

  • Marik mardi, 26 janvier 2016 20:28

    Merci pour ton article, cher Claude-Alain.
    En fait, lorsqu'à l'âge de 20 ans, j'ai rejoint une église évangélique, je me suis dite : "Chic : une église qui se fonde sur l'évangile, rien que l'évangile ! C'est justement cela que je désire !" Et puis.. chantant certains chants que tu cites, et pas du tout puisées dans l'évangile... j'ai déchanté !
    Aujourd'hui, dans mon ici & maintenant où je me distancie des évangéliques, j'aime à dire que je suis "évangilique" ;-)

  • Barbezat vendredi, 29 janvier 2016 14:58

    Entièrement d'accord avec toi Claude-Alain Bien fraternellement à toi Jclaude

  • Jean dimanche, 31 janvier 2016 18:35

    L'évangile se transmet avant tout d'un coeur à un autre coeur (ou à d'autres coeurs). Ce qui exclu toute pensée de stratégie marketing.

  • Roger vendredi, 05 février 2016 11:54

    Merci Claude-Alain pour ce billet équilibré. Personnellement il ne m'est plus possible d'entrer dans cette mouvance extrême même si je suis revenu sans une assemblée évangélique. J'ai besoin comme toi d'être un chrétien qui témoigne simplement de sa foi. Et je perçois mon entourage plus accessible.

  • Maxime vendredi, 05 février 2016 14:08

    Et moi qui pensais que c’était dans l’air du temps d’éviter les amalgames ? Ces mots qui traduisent et génèrent la peur m’amènent à la question suivante : « c’est quoi le problème ? ». Plus que le langage, n’est c’est le fond qui dérange, une action qui vise à annoncer l’Evangile ? Lorsqu’il s’agit de la Saint-Valentin ou d’une action commerciale, il n’y a pas les mêmes réactions. Le contexte « religieux » est certes tendu, mais un peu de recul et de culture factuelle ne s’impose-t-il pas d’autant plus ? Certes nous pouvons parler de la manière. Est-ce adapté ? Je ne suis pas convaincu. Mais d’insister sur les mots, sur la forme, n’oublie-t-on pas le fond ? C’est le message d’une Dieu qui aime les gens et qui se communique à eux qui important ! Sur le langage, Paul, fait usage d'image guerrière, dans un contexte d’occupation romaine pourtant, telle l'épée pour parler de l'usage d'une parole inspirée proclamée avec foi. POURTANT il n'a pas mené de guerre physique. De même pour le "Notre Père" enseigné par Jésus, qui use de termes tels que "Que ton règne vienne". Il en est autrement de Mohammed, et cela de manière FACTUELLE. Au point que d’éminents spécialistes islamologues parlent d’abrogation de certaines sourates (qui eux connaissent leur sujet, pas d’islamophobie ici). Et je parle bien ici des FONDATEURS.... Veillons bien-sûr à ne pas glisser vers les Croisades. Mais sérieusement, est-ce qu’annoncer Jean 3.16, l’amour de Dieu POUR LE MONDE, pour les gens, est associable à cela ? Que penser de la parole de Paul aux Corinthiens : « Or nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin de connaître les bienfaits que Dieu nous a donnés par sa grâce. Et nous en parlons non avec les paroles qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec celles qu’enseigne l’Esprit |saint|. Ainsi nous employons un langage spirituel pour exprimer ce qui est spirituel. ». Comprenez-moi bien, je ne suis pas pour le « patois de Canaan » dans nos échanges avec nos contemporains, ni pour l’absence de douceur dans la manière de répondre à la contradiction. Mais ne nous laissons pas berner par certains esprits bien-pensants, qui si ils ne peuvent pas comprendre le langage spirituel, peut comprendre l’existence d’un langage imagé et son interprétation, ainsi que vécue par les fondateurs. De même comprendre qu’il y a une différence entre Coran, chrétienté et Evangile. La peur ambiante ne devrait pas nous contaminer au point de se fondre dans un langage et des actions « politiquement correct ».

  • Etienne samedi, 06 février 2016 05:34

    Réflexion intéressante avec un arrière goût mitigé. En fait, que veut dire "normal" et qu'est-ce qu'un "évangélique normal"? Il y beaucoup de normes que nous pouvons choisir. Celle de ne pas se faire remarquer, ou celle de tout investir pour partager l'évangile, ou encore ...
    De mon côté, j'aimerais être un évangélique normal, témoin de Jésus-Christ en pratique et en paroles avec la personnalité et les aptitudes que j'ai reçues, dans le respect des autres et sans devoir les imiter.

  • Maxime samedi, 06 février 2016 11:07

    @Etienne : oui je me posais la même question "que veut dire chrétien normal" ? Le dernier paragraphe de l'article va dans ce sens. C'est ok. J'y vois le "sel" de la terre,(re-) donner du goût, s'intègre à la culture, la rejoint. Ne pas oublier l'équilibre avec la "lumière", qui tranche également, qui peut être en "contre culture".
    L'essentiel c'est de ne pas être en mode passif, et de pointer du doigt sur les problèmes des autres, en s'attendant à ce qu'ils les résolvent (alors que c'est peut-être notre problème), sans s'engager en proposant "une" solution (pour la communication de l'amour de Dieu).
    Je vois une certaine passivité dans l'article du matin, qui ne sépare pas le factuel (société en manque de repère, Eglise officielle en régression, méfiance du religieux) de ses avis propres (un seul moment il dit il dit que le constat du manque de repère est trop négatif), en faisant parler les spécialistes pour lui en conclusion (ils cherchent à gagner des membres). Je préférerais qu'il dise "je"...je vois tel repère dans la société.
    Mais nous avons aussi nos passivités dans l'Eglise. Nos peurs. Ce que je vois, c'est qu'il y a une soif de comprendre, voir une soif de spiritualité, qu'il n'est pas toujours facile de rejoindre, parce qu'elle s'exprime dans une relation sécure et hors des cadres habituels.

Opinion - avertissement

Les signataires de ces textes sont soit des membres de l’équipe de rédaction de lafree.ch soit des personnes invitées.
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