Presse et Eglises : une relation à développer !

vendredi 25 janvier 2008
Peu d’Eglises évangéliques entretiennent des relations étroites avec la presse. Par crainte parfois. Par méconnaissance de la façon de procéder souvent ! Pour que nos communautés existent plus et mieux dans les médias, voici quelques idées à découvrir.

« Il n'y en a bientôt plus que pour vous dans les médias. » Cette remarque agacée d'un collègue pasteur à propos de la présence de l'Eglise évangélique de Gimel dans la presse écrite avait tout de l'assertion un brin envieuse. Coup sur coup, dans la même semaine, notre communauté avait eu droit à deux articles importants dans deux journaux régionaux différents. L'un présentait une action d'entraide menée par des membres de la communauté. L'autre parlait d'une manifestation à venir avec un orateur particulier.

L’utilité d’une présence plus marquée
Développer une communauté passe par toutes sortes de moyens. Les relations avec les médias sont un des éléments à prendre en compte. Soulignons-le tout de suite: exister dans les médias n'a rien de la lotion-miracle en matière de croissance. Il n'empêche que cela permet à une Eglise d'exister aux yeux du public et d'exprimer, en partie, ses projets, ses valeurs, sa façon d'incarner la vie chrétienne en communauté.
Dans de nombreuses régions de Suisse romande, le grand public associe encore souvent les Eglises évangéliques à des mouvements sectaires. Ne bénéficiant pas de reconnaissance officielle, elles apparaissent comme marginales. Travailler sur leur image est essentiel pour qui veut casser cette perception erronée de nos Eglises. Vu de l'extérieur, le secret qui semble prévaloir dans ces communautés de chrétiens professants suscite la suspicion. Dire parfois ce qui se passe à un journaliste permet de lever le voile et de dissiper certaines rumeurs. Une présence plus marquée dans les médias génère aussi des relations. Pas nécessairement de nouveaux participants au culte, mais des gens intéressés par le vécu communautaire.

Ville ou campagne
Dans le travail de relations publiques d'une Eglise, l'un des premiers paramètres à prendre en compte relève de la situation de la communauté. Se trouve-t-elle en milieu urbain, dans une banlieue ou à la campagne? Ce fait entraîne des approches un brin différentes des journaux. Dans la grande ville, il est difficile de sortir du lot et d'attirer sur soi l'attention de la presse écrite. Souvent les journaux qui paraissent sont des quotidiens supra régionaux. Le petit fait de l'actualité locale les intéresse peu. On pourrait penser que la tâche est impossible. Il vaut toutefois la peine d'essayer. Par ailleurs, il y a d'autres journaux au rayonnement plus local, très intéressés à un journalisme de proximité. Dans un climat journalistique où la proximité est particulièrement valorisée, risquer une présence ne coûte somme toute qu'un peu d'effort et un peu de temps.
En milieu rural, la situation paraît plus aisée. Les journalistes sont contents de pouvoir développer un article original par rapport à une manifestation mise sur pied par un groupe local. En dehors des périodes de grande activité journalistique, en janvier ou février, en été également, les rédactions traquent les bons sujets de reportage ou d'enquête. Proposer un thème à une telle période entraîne la plupart du temps de l'intérêt de la part du journaliste.

Que mettre en avant?
Le fait qu’un chien morde quelqu’un ne présente pas grand intérêt aux yeux des médias. A moins qu’il s’agisse d’une personnalité publique. Par contre si quelqu'un mord un chien, là les médias s'en empareront. Tout cela pour dire que l'on n'arrivera que rarement à intéresser la presse aux activités ecclésiales habituelles. Par contre, une entreprise qui sort de l'ordinaire, qui renferme une histoire ou une aventure à raconter, suscitera l'intérêt. Par exemple, une action d'entraide sur le plan local ou à l'étranger. Dans la Communauté évangélique de Gimel, dans laquelle j’ai été pasteur quelques années, un déplacement de plusieurs membres en Albanie dans le cadre d'un projet d'entraide a permis de sensibiliser la région à la misère de ce pays européen. Un grand article a été consacré à notre action dans le journal du district. De plus l'association des intérêts du village a invité les participants à présenter ce travail, 9 mois plus tard, lors de son assemblée générale. Deux expériences modestes, mais qui ont permis de tisser des liens avec les habitants d'une région et de parler de l'espérance qui nous habite.
L'arrivée d'un nouveau pasteur représente aussi une excellente occasion de mettre en avant la personne qui incarnera la communauté aux yeux du public. Un culte particulier avec un orateur original permet aussi un contact avec la presse, une manifestation exceptionnelle également. La plupart du temps, les journalistes en ont marre de parler pour la xe fois du loto des sociétés locales ou de la soirée de la gym. Quelque chose de neuf dans le paysage, avec un contenu pratique, solidaire ou culturel, représente une opportunité qu'ils saisiront souvent pour rédiger un article original.

Comment s’y prendre ?
Avant toute prise de contact avec la presse, il importe de clarifier ce que l'on attend d'une telle démarche. Fixer un but clair permet de tirer un bilan, donc de voir dans quelle mesure la cible a été atteinte. Il importe également de réfléchir au public que l'on souhaite rejoindre. Annoncer l'ouverture d'un café pour adolescents ne passe pas nécessairement par une annonce dans le journal local. Les jeunes seront rejoints par d'autres moyens.
La prise de contact directe avec un journaliste est la façon la plus simple d'intéresser la presse à la vie d'une Eglise. Un coup de téléphone à la rédaction du journal ou au correspondant régional permet de percevoir le degré d'intérêt qui prévaut. Si l'intérêt est inexistant, il est encore possible de jouer la carte des relations. Connaître personnellement un journaliste permet de bénéficier d'une entrée en matière plus favorable. Quoi qu'il en soit, choisissez avec soin ce que vous proposerez au journaliste. Evitez la langue de bois évangélique! L'original, la nouveauté, la commémoration historique auront des chances de susciter l'attention.
Il y a encore d'autres moyens d'entrer en contact avec une rédaction. Le communiqué de presse présente de nombreux avantages. Bien rédigé, il peut être facilement repris tel quel dans les colonnes du journal (pour les règles d'écriture d'un communiqué de presse voir l’encadré). Mais on peut aussi frapper plus fort et mettre sur pied une conférence de presse... Un rendez-vous est fixé à différents journalistes. Et les responsables de l'Eglise peuvent leur présenter un nouveau local, le pourquoi d'une prise de position commune sur un sujet donné... L'exercice est plus redoutable que le simple communiqué de presse. Il exige un travail préalable soigné et une bonne préparation aux questions difficiles qui ne manqueront pas d'être posées. Pour informer au travers d'un journal, il existe encore d'autres moyens qui, chacun en leur temps, ont leur pertinence: la publicité, l'inscription dans l'agenda des manifestations locales, le courrier des lecteurs... On peut même, pour autant que la personne soit habile du stylo, proposer à quelqu'un de l’Eglise de rédiger un compte-rendu de manifestation ou une interview d'un visiteur au propos original. Proposé à la rédaction du journal local, l'article permettra à son auteur de recevoir peut-être une rétribution.

L'esprit qui doit prévaloir
Comme dans toute relation, la prise de contact avec un journaliste présente certains risques. On peut ne pas se comprendre. Les propos de l'un peuvent être mal retranscrits par l'autre. On peut avoir des opinions diamétralement opposées sur un sujet... Quoi qu'il en soit, l'amabilité à l'endroit du journaliste demeure un impératif. Prendre sa plume pour rectifier un point de détail ou pour dire sa désapprobation ne doit être entrepris qu'en cas de trahison majeure. Le journaliste est indépendant. Il lui arrive de ne pas partager la vision du monde de ceux qu'il rencontre. C'est son droit le plus strict et c'est le risque que l'on court en se profilant consciemment dans les médias. Toutefois, une relation suivie avec un journaliste devrait permettre d'améliorer au fil du temps la compréhension mutuelle.

* * *

Développer des relations plus soutenues avec la presse doit permettre à nos Eglises d'occuper un espace public jamais occupé depuis plus de 150 ans d'existence. Les circonstances sont aujourd'hui assez favorables. Alors pourquoi ne pas s'y risquer? A coup sûr cela permettra de rendre compte à tous les habitants de ce pays de l'espérance qui nous habite (1 P 3,15).

Serge Carrel, journaliste et formateur d’adultes

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