« Tendre l’autre joue », un livre de Frédéric de Coninck à découvrir samedi 21 mai au FREE COLLEGE

vendredi 13 mai 2016

Sur 150 pages, Tendre l’autre joue, le livre de Frédéric de Coninck, balise une série de chemins stimulants pour toute personne qui souhaite incarner l’amour de l’ennemi et la non-violence prônée par Jésus. Bien ancré dans des fondements bibliques, le sociologue mennonite français parle de résolution de conflits, de médiation et de justice restauratrice. Autant de thèmes qui ouvrent des chantiers d’envergure pour les chrétiens d’aujourd’hui.

Avec sa couverture affichant un garçon tenant un petit bouquet de coquelicots, le livre Tendre l’autre joue de Frédéric de Coninck ne paie pas de mine. On a l’impression, tant par son titre que par cette photo de couverture, que le propos se veut léger et de peu de portée. Détrompez-vous ! Tendre l’autre joue. La non-violence n’est pas une attitude passive est d’une signification importante pour toute personne désireuse de mettre en pratique le Sermon sur la montagne. Et notamment l’invitation de Jésus à aimer ses ennemis (Mt 5.44).

Frédéric de Coninck, ingénieur et professeur de sociologie à l’Université Paris-Est, est convaincu que le chrétien du XXIe siècle dispose de ressources pour aller plus loin dans la mise en pratique de l’amour de l’ennemi. Il s’agit non seulement d’entretenir un sentiment bienveillant à l’endroit de celui qui, sur le plan interpersonnel, fait preuve d’hostilité à votre endroit, mais de proposer des « modes d’action » qui vont plus loin dans les relations interpersonnelles, dans le vécu d’Eglise, l’éducation à l’école, le recours à la médiation et à la justice restauratrice…

Une démarche ancrée dans la générosité de Dieu

Avant de donner corps à l’amour de l’ennemi et à la générosité de Dieu qui est à la base de toute la démarche non-violente, l’auteur de Tendre l’autre joue pose les bases bibliques de sa réflexion. Il montre que Jésus lui-même a incarné, dans son face à face avec le garde du grand prêtre qui venait de le gifler, une dynamique de résistance non-violente, en ne répliquant pas, mais en interrogeant le garde sur le bien-fondé de son geste. La non-violence n’est pas d’abord une passivité intégrale comme on le pense parfois, mais une passivité qui ne renonce jamais à questionner l’auteur de la violence subie sur la pertinence de son action (Jn 18.22-23). « Il y a, dans la confrontation non-violente, une offre qui est faite à l’autre de changer » (p. 10).

L’horizon du combat

Dans ce contexte, quel est le but du combat ? Pour Frédéric de Coninck, la porte d’entrée pour comprendre le Sermon sur la montagne, c’est la générosité d’un Dieu qui est bon pour les justes comme pour les injustes (Luc 6.27-38) et que Jésus a imité tout au long de sa vie. « Le don de Jésus sur la croix est unique par sa portée, mais il sert néanmoins d’exemple, de modèle de base… pour inspirer la générosité des chrétiens au jour le jour » (p. 19). Contrairement à ce que l’on pourrait penser – et là Frédéric de Coninck s’inscrit pleinement dans une perspective anabaptiste – le pardon de Dieu en Jésus-Christ n’est pas le point final de l’histoire, mais plutôt un point de départ vers la construction d’une humanité réconciliée avec Dieu et avec elle-même. « La vie en communion est l’horizon que Dieu vise » (p. 22).

La manière de combattre

Comment combattre ? C’est la deuxième question à laquelle répond Frédéric de Coninck. Tablant sur la mise en question de la violence qui traverse la Bible, le sociologue montre que le combat par les armes est la porte ouverte aux abus de pouvoir et donc à l’injustice commise par le fort sur le faible. A partir du récit du choc entre Moïse et Pharaon, il souligne que le combat frontal est peut-être efficace à court terme, mais, à long terme, il ne produit rien. Dans cette réflexion sur la confrontation, le Nouveau Testament apporte un élément nouveau : celui de Dieu comme tiers, qui surplombe nos conflits et à qui il importe de confier l’issue du combat (Ro 12.19). Cette perspective pousse le chrétien à pratiquer une justice qui ne s’inscrit pas uniquement dans une logique rétributive, mais qui propose une deuxième chance. Par-delà le pardon octroyé, il s’agit d’ouvrir à un potentiel de transformation de la situation conflictuelle. Cette manière de faire ouvre dans notre monde contemporain des pistes de réflexions et de pratiques multiples pour aller le plus loin possible dans la dynamique de générosité et d’amour de l’ennemi, proposée par le Christ.

La résolution de conflits dans la sphère interpersonnelle

La seconde partie de Tendre l’autre joue égraine, chapitre après chapitre (de 6 à 11), des manières d’agir qui, dans des situations conflictuelles, se sont révélées à même de déployer individuellement et collectivement l’amour de l’ennemi. La résolution de conflits dans les relations de personne à personne est le premier domaine où Frédéric de Coninck se risque à une mise en pratique. A partir de l’analyse d’un psychologue qui a répertorié les manières de prendre la parole, en situant celles qui ont un effet positif sur un groupe et celles qui ont un effet négatif, il opère un travail utile qui permet d’entrevoir comment exprimer un désaccord sans se départir d’une attitude généreuse, ouverte et empathique. Dans ce chantier, le professeur de sociologie de la région parisienne met en avant quatre points qui lui paraissent importants : ne pas « perdre les pédales » ou laisser ses émotions envahir et « plomber » un conflit. Ensuite, dans la plus pure tradition biblique, il s’agit de ne pas juger autrui et de ne pas généraliser l’appréciation de quelqu’un à partir de la perception qui se dégage d’un conflit. Le troisième point consiste à entrer dans une authentique démarche d’écoute de l’autre, puis, en final, à parvenir à formuler nos attentes d’une manière claire et limitée à la situation donnée.

Un complément stimulant à la méditation du Sermon sur la montagne

Frédéric de Coninck poursuit sa réflexion avec la résolution de conflits dans l’Eglise en développant un fort ancrage dans des exemples du Nouveau Testament. Il passe ensuite à l’éducation à la non-violence dans les écoles, puis au rôle de la médiation dans le cadre de conflits, pour terminer avec l’accompagnement en parallèle d’un procès (la justice rétributrice).

La conclusion souligne l’importance, à partir de la méditation des Psaumes, d’une spiritualité de combat. « C’est une relation proche avec Dieu qui nous donne la force de repartir, encore et toujours, au combat, sans chercher les raccourcis commodes, les rapports de force hâtifs et hasardeux, sans sombrer dans la violence et le découragement » (p. 148).

Tendre l’autre joue est sans conteste un complément stimulant à la méditation du Sermon sur la montagne. Il ménage des pistes qui permettront au chrétien d’inscrire dans sa vie personnelle, communautaire et sociale, une dynamique qui donne une chance de se concrétiser à l’extraordinaire réconciliation opérée par Jésus-Christ dans notre relation avec Dieu.

Serge Carrel

Frédéric de Coninck, Tendre l’autre joue. La non-violence n’est pas une attitude passive, Marne-la-Vallée, Farel, 2012, 150 p.

  • Encadré 1:

    Frédéric de Coninck invité du FREE COLLEGE journées pour parler de Tendre l’autre joue

    Le samedi 21 mai à Yverdon-les-Bains, Frédéric de Coninck animera une journée de formation du FREE COLLEGE journées. Il présentera les fondements bibliques de l’amour de l’ennemi et de la pratique de la non-violence, puis ouvrira des pistes pratiques en développant la résolution de conflits dans la sphère interpersonnelle et ecclésiale, tout comme le rôle de la médiation dans les conflits aujourd’hui.

    Date : samedi 21 mai de 9h à 17h.
    Lieu : Eglise évangélique des Uttins, Yverdon-les-Bains.

    Plus d’infos.

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