Dans votre Eglise, de qui êtes-vous une mère spirituelle ou un père spirituel ? En février dernier, une rencontre de formation pour moniteurs de l'école du dimanche a eu lieu dans l'Eglise évangélique libre de Fribourg-Bourguillon (FREE). A cette occasion, Claire-Lise Cherpillod, pasteure jeunesse dans l'Eglise évangélique d'Oron (FREE), a présenté deux concepts à appliquer parmi les enfants et les jeunes de nos communautés : le travail intergénérationnel et la culture de l'honneur.
Ces concepts ne sont pas nouveaux et sont souvent appliqués naturellement et inconsciemment dans les écoles du dimanche et autres cultes de l'enfance. Mais il n'était pas inutile de les mettre en mots, afin de mieux les intégrer dans notre travail parmi les jeunes.
Le travail intergénérationnel
Alors que notre société et beaucoup d'Eglises rassemblent les gens par groupes d'âge, Claire-Lise Cherpillod propose un autre modèle où des personnes s'enrichissent mutuellement par leurs différences d'âge. En effet, « à tout âge, nous avons besoin de figures paternelles, explique Claire-Lise Cherpillod. Celles-ci nous aident à nous construire et à avancer dans la vie. Elles sont des vis-à-vis, des coachs, des références ». Nous avons pensé à tort que les personnes se comprennent mieux lorsqu'elles ont le même âge. En fait, elles ont besoin des autres générations pour se comprendre.
Dans une Eglise, les repères indispensables à la construction de chacun viennent en bonne partie de la rencontre des générations. Chacun peut être amené à devenir un parent spirituel pour un plus jeune dans la foi et dans la vie. L'Eglise de Corinthe manquait de figures paternelles matures ; nos Eglises doivent développer un tel modèle de paternité.
Une figure paternelle est plus intéressante par ce qu'elle est, plutôt que par ce qu'elle fait. Plus que ses multiples engagements dans la communauté, ce sont sa foi, sa croissance avec Dieu, ses combats et sa maturité spirituelle grandissante qui inspirent.
Quant aux filles et aux fils spirituels, ils progressent grâce à leurs parents spirituels... et ils vont même plus loin que ces derniers. Le « plafond » du parent spirituel devient le « plancher » de l'enfant spirituel. La Bible nous en donne des exemples concrets avec Moïse et Josué, Elie et Elisée, Naomi et Ruth, Paul et Onésime, Paul et Timothée...
Des parents spirituels pour avancer
Les jeunes dans l'Eglise ont besoin de parents spirituels qui les soutiennent, les aident à discerner leurs dons et à se fortifier. Cela se passe le plus souvent de manière spontanée et informelle, dans le face-à-face, par SMS, au bistrot, lors d'activités récréatives... D'abord, des liens de confiance se tissent. Ensuite, les adultes partagent ce qu'ils sont, leur manière d'avancer dans la vie, leurs victoires, leurs échecs et leur manière de se relever.
« Lorsque nous appliquons ce principe à l'école du dimanche, nous veillons à ne pas confier l'enseignement des enfants à une simple équipe de monitrices adultes, explique Claire-Lise Cherpillod. Au contraire, nous faisons en sorte que l'encadrement soit formé de femmes et d'hommes de différents âges, adolescents, jeunes et adultes. » Cela aide les enfants à s'identifier à des modèles. En effet, le témoignage de foi d'un adolescent de 12 ou 15 ans parle mieux aux enfants que celui d'un adulte.
De même, les enfants ne sont pas rassemblés que par classes et par tranches d'âge. Des temps d'activités intergénérationnelles – par exemple, des cultes de louange dans le cadre de l'école du dimanche – permettent aux enfants d'âges différents de se rencontrer et de s'encourager.
La culture de l'honneur
Développer une « culture de l'honneur » dans une Eglise consiste à honorer celles et ceux qui servent Dieu. Souvent, les chrétiens les plus spirituels sont également simples et naturels dans leur comportement, discrets dans leur service. Les honorer, c'est reconnaître leur ministère. Mais c'est aussi révéler l'œuvre de Dieu en eux, ainsi que les dons placés par Dieu en eux.
Appliquée aux enfants et aux jeunes de l'Eglise, la culture de l'honneur est une manière d'aider ceux-ci à se construire. C'est un moyen de faire équipe avec eux, de libérer énergies et potentiels, de gagner leurs cœurs et de leur permettre de se sentir utiles... même si leur travail n'est pas parfait.
La culture de l'honneur est aussi un regard particulier. Lorsque nous considérons les capacités placées par Dieu dans une vie, nous voyons plus loin, au-delà d'un enfant turbulent ou d'un jeune maladroit. Nous voyons un être en devenir et en progrès, une personne que Dieu construit.
« Je confie des tâches à des jeunes, non en fonction de leurs compétences actuelles, mais en fonction de ce que Dieu va faire avec eux, souligne Claire-Lise Cherpillod. Car Dieu a souvent appelé des gens qui n'étaient pas particulièrement compétents. » Ainsi, les échecs ne sont pas des échecs, mais des leçons. Un jeune qui a échoué dans la responsabilité qui lui était confiée n'est pas incapable, mais en devenir.
« A l'école, on dit surtout ce qui ne va pas, on souligne les fautes, poursuit Claire-Lise Cherpillod. Dans l'Eglise, il est possible de renverser cela au moyen de la culture de l'honneur. » C'est une manière d'encourager les jeunes à se dépasser... ou plutôt de laisser Dieu faire la différence en eux.
La culture de l'honneur est encore une manière de responsabiliser des jeunes en prenant des risques avec eux. Lorsque ceux-ci sont certains de pouvoir compter sur l'amour, le respect et le soutien des adultes – ce qui n'exclut pas des divergences de vue –, ils baignent dans une atmosphère sécurisante qui leur permet de se développer.
Claude-Alain Baehler