Quelle théologie pour les Eglises émergentes? (suite) (5)

vendredi 06 octobre 2006

L’Eglise évangélique de Meyrin (AESR) voit de jeunes chrétiens se désintéresser de la vie d’Eglise, sans pour autant quitter la foi en Jésus-Christ. Consciente de cette évolution, l’équipe de responsables de cette Eglise a mandaté l’un de ses membres, Henri Bacher, pour réfléchir à la mise en place d’une vie communautaire alternative. A cette occasion, Henri Bacher a écrit plusieurs articles sur sa perception du vécu ecclésial aujourd’hui. Il nous propose ici le cinquième volet de sa réflexion.

Tout concept théologique évangélique doit pouvoir se définir à partir de la Bible et si je prenais le style d’argumentation utilisé jusqu’à maintenant, dans nos communautés, je rassemblerais un certain nombre de textes pour appuyer mes dires. Même si je travaille avec des textes en arrière-plan, je ne vais pas essayer de convaincre à partir de ce point de vue. Dans un monde d’images, on ne peut pas venir avec un arsenal de textes pour faire la démonstration de sa position, mais il est clair que toute image ou parabole doit obligatoirement trouver sa justification biblique. Je ne suis pas en train de dire que la Parole de Dieu ne peut plus convaincre et que les images le feront à sa place. Pour clarifier mon propos, je me bornerai à rendre attentif à des images que la Bible, elle-même, utilise pour parler de la foi.

Le temple et la cène
Les deux grandes «images» qui résument d’une manière extraordinaire notre relation à Dieu, c’est d’une part le temple dans l’Ancien Testament et la cène dans le Nouveau. Avec le temple, on suit un parcours symbolique matérialisé par des espaces, des gestes, des actions, des déplacements, des attitudes. La parole, la vue, l’odorat, l’ouïe et le toucher sont tour à tour sollicités pour rendre l’expérience spirituelle inédite. En somme, on ne se contente pas de regarder une image comme à la télé, mais on circule dans une «image». Dans la cène on va encore plus loin, on propose au croyant de toucher (rompre le pain) et de manger une «image». Dans la pure tradition des évangéliques, on aurait répété tous les dimanches un texte biblique précis (ce qu’on fait déjà en partie avec le texte de l’institution). D’ailleurs, la Cène, dans nos milieux, ressemble un peu à l’ingurgitation d’un morceau de texte. C’est devenu un rituel froid et intellectuel. Puisque nous sommes tellement convaincus que le texte est supérieur à l’image, pourquoi alors le Christ n’utilise-t-il pas une formule textuelle pour perpétuer sa mémoire? L’image, pour certaines réalités spirituelles, n’est-elle pas plus appropriée pour transmettre les mystères de Dieu?
Ce que je viens d’écrire ne veut absolument pas dire que l’image est supérieure pour parler de Dieu. Je voulais seulement montrer qu’il est possible, et la Bible nous y autorise, d’explorer d’autres moyens de transmettre la spiritualité que par des assemblages de textes. Je suis fatigué des extraits de textes bibliques qu’on balance à la tête des gens, en croyant qu’ils vont faire leur effet comme par enchantement, sous prétexte que c’est la Parole inspirée. Une Parole inspirée n’est pas une Parole magique, comme une image inspirée n’est pas une image subliminale.

Des images pour aujourd’hui
Pour sortir du discours juridique et du binôme jugement/pardon, renouvelons notre stock d’images globales porteuses de sens. La Bible nous en donne déjà de très performantes. A commencer par celle de l’incarnation. Un Dieu qui s’incarne et devient le grand Frère des hommes, les faisant entrer dans sa famille par le truchement de l’adoption. Le Père nous adopte, sans conditions préalables, sans devoir montrer patte blanche, même si nous n’avons pas le bon pedigree spirituel. En associant ces différentes réalités spirituelles, on peut aisément penser à une maison, en l’occurrence à la Maison du Père. Le jardin comme celui d’Eden et qui est aussi une image du monde, fait partie de la création de Dieu, mais sa Maison plantée dans ce jardin vient d’ailleurs. C’est un édifice spirituel, d’essence divine, et qui se compose du Père, du Fils et du Saint-Esprit. C’est une maison destinée à recevoir les enfants adoptifs du Père. Le grand Frère, c’est le Fils aîné, le modèle parfait, qui nous aide à nous comporter avec amour dans cette famille. L’Esprit qui habite cette maison, est plein d’amour, de compréhension, de compassion, de service et il est très différent de celui du dehors. Dieu ne ferme pas la porte de sa maison aux étrangers. Il les accueille sous son toit, mais ce n’est pas pour autant qu’ils deviennent membres de la famille, sous prétexte qu’ils fréquentent celle-ci. Un jour, à la fin des temps, c’est tout naturellement que le tri sera fait: on fait partie de la famille ou pas!

Quelques conséquences en théologie
Cette manière de penser et ce fait théologique dans nos vies nous amènent dans une meilleure compréhension de la Trinité et nous plongent plus avant dans une théologie trinitaire. Nous avons tellement valorisé la mort du Christ que le Père et le Saint-Esprit ont parfois été « minimisés ». Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas voulu dire : je tiens fermement à la notion de Christ-sauveur. C’est le déséquilibre entre les trois personnes de la Trinité que je mets en cause. Le mouvement charismatique a certes mis au goût du jour l’action du Saint-Esprit, mais aujourd’hui nous avons à nouveau la possibilité de faire intervenir ensemble, d’une manière globale, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Dans une société complexe et hétérogène, c’est une bonne nouvelle: nous avons un seul Dieu, mais qui est multiple, complexe, global, au lieu qu’il soit réduit seulement à un Dieu-sauveur, à partir duquel on explique toute la complexité du monde.

Dans l’évangélisation
L’annonce de l’Evangile ne sera plus une convocation devant le juge, où l’on met les gens premièrement devant une sentence et une décision de justice sous forme de grâce, mais on leur propose d’être adoptés par Dieu le Père, comme des enfants à part entière ayant part à l’héritage. En commençant à vivre dans cette famille, on se rend compte que nos comportements ne font pas honneur à celle-ci. C’est là qu’entre en ligne de compte la gestion du péché.

En ecclésiologie
Dans le domaine de l’ecclésiologie, l’Eglise n’est plus une sorte d’école spirituelle à l’image des musulmans qui ont leur école coranique ou des juifs avec leur école talmudique. L’Eglise, c’est le foyer terrestre ou l’équivalent de la Maison du Père. On y vit comme dans une famille avec ses hauts et ses bas, ses conflits et ses victoires, ses joies et ses peines. On y apprend la vie, la vraie vie. L’Eglise est un lieu d’apprentissage à la vie et un rodage des relations qu’on aura dans le ciel. On s’entraîne pour l’éternité dans des conditions pas toujours optimales, mais suffisamment pertinentes pour nous «sanctifier».

Dans le domaine de l’autorité, le pasteur et les responsables ne sont pas seulement des érudits de la Parole, mais des pères ou des mères spirituels et des grandes soeurs ou des grands frères. Ce n’est pas pour rien que l’apôtre Paul souhaite que les anciens sachent bien diriger leurs familles pour être admis à la direction d’une communauté.

Henri Bacher
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