Elections fédérales : le Vaudois Laurent Wehrli sollicite un nouveau mandat

Serge Carrel vendredi 13 septembre 2019 icon-comments 1

Il est membre de la Chapelle de Clarens à Montreux (FREE). Depuis quatre ans, Laurent Wehrli, syndic de Montreux, siège au conseil national sous l’étiquette PLR. Bilan à Berne d’un engagement avec un membre d’une de nos Eglises, qui considère son activité politique comme un service à autrui, à la suite du Christ.

Comment est-ce que vous vous sentez après quatre ans sous la coupole fédérale ?

Je n’ai pas honte de dire que je m’y sens bien et que j’apprécie beaucoup le travail que nous y faisons. J’ai du plaisir à remplir ce mandat. C’est un mandat extrêmement intéressant et extrêmement prenant aussi.

Quels sont les succès majeurs que vous pouvez afficher après quatre ans comme conseiller national ?

Il est toujours difficile de mettre des éléments en avant, parce qu’en politique seul on ne fait rien. Au Parlement suisse, on est encore plus convaincu que l’on ne peut pas avoir de majorité sans chercher le consensus et le compromis. C’est quelque chose dans lequel je m’engage beaucoup. On a eu une législature assez polarisée entre des blocs, entre des idées et des personnes qui ont cherché cette polarisation, peut-être en regardant ce qui se passe dans d’autres pays. Pourtant ce n’est pas du tout l’ADN politique suisse. Je m’engage avec d’autres collègues de partis différents pour montrer que c’est ensemble qu’on est arrivé à construire la Suisse et que c’est dans cet engagement-là qu’on veut continuer. Dire « ensemble », cela ne signifie pas que l’on est mou et que l’on ne veut pas défendre ses idées politiques, c’est au contraire avec des idées claires et affirmées que l’on peut discuter et chercher les éléments de négociation et de compromis, dans le sens positif du mot « compromis ».

Dans ce contexte, quelque chose de positif à propos de quoi vous pourriez être fier ?

Il y a évidemment plusieurs objets. Je suis très engagé dans le domaine de la politique étrangère, puisque je suis dans la Commission de politique extérieure. Il y a des discussions, notamment avec l’Union européenne, qui doivent dépasser l’idée d’un seul parti et d’une seule vision de la société. Dans ce domaine, on doit chercher des solutions et on en a déjà trouvé quelques-unes. Dans un tout autre domaine : je viens de déposer un projet pour renforcer la coordination de tout ce qui se fait dans la santé, dans l’éducation à l’alimentation et dans la défense des produits du terroir et des produits locaux, pour permettre d’avoir une sorte de programme « Jeunesse et nourriture », sur le mode de ce qui se fait avec « Jeunesse et sport ». Il est important de lutter contre l’obésité précoce. Il y a déjà beaucoup de choses qui se font, mais cela ne se fait pas de manière coordonnée et de manière communicative. J’ai eu le plaisir de voir un quart du parlement se rassembler autour de cette idée ; ce qui démontre que, lorsqu’on recherche le contact et le dialogue, on peut faire avancer certains éléments.

Est-ce qu’il y a un échec que vous déplorez grandement ?

Il ne faut pas faire de la politique si on a peur de l’échec et si on pense que seule son idée doit l’emporter. Cela fait bientôt trois ans que j’interviens régulièrement en faveur des Suisses et des Suissesses de l’étranger qui se sont vu fermer les portes de Postfinance et de la plupart des banques cantonales et suisses par rapport au fait de garder un compte en Suisse. Cela ne passe pas, et je ne suis pas le seul à essayer. Le PDC Filippo Lombardi promeut le même thème au Conseil des Etats, et clairement nos idées ont été bloquées soit dans une chambre, soit dans l’autre. Il faut que l’on continue et que l’on essaie de convaincre davantage de personnes encore.

Lorsque vous pensez au Laurent Wehrli qui est arrivé au Conseil national voilà quatre ans, comment voyez-vous votre évolution ?

Il m’a fallu deux sessions pour comprendre les mécanismes et qui est qui, même si je n’avais pas l’impression d’être un ignare en politique. Je connaissais déjà beaucoup de monde aux chambres fédérales. Je n’avais pas trop de soucis au niveau de la langue, mais néanmoins il m’a fallu deux sessions pour me mettre dans le bain. Ce qui fait qu’à ce niveau-là, je suis très différent de voilà 4 ans.

J’ai aussi découvert de magnifiques personnalités, aussi du point de vue chrétien. Tous les mercredis matins, nous avons un moment de recueillement et de prière tous partis confondus…

Et cela vous apporte-t-il quelque chose ?

Oui, parce que quand on est chrétien, on ne laisse pas cette dimension hors de ce bâtiment et j’aime bien rappeler que la Suisse est un peuple chrétien ouvert aux autres. La foi chrétienne est ouverte et accueillante à l’endroit d’autrui, mais elle doit pouvoir s’affirmer. C’est possible, parce que notre constitution ouvre, dans son préambule, sur une invocation au Dieu tout-puissant. Je suis donc très heureux que l’on ait un groupe chrétien actif, qui organise régulièrement des rencontres et des conférences, et que l’on ait ce moment de recueillement chaque mercredi matin. Malheureusement à cause de mes autres engagements, je ne peux pas y aller chaque fois, mais y aller de temps en temps permet d’éviter la polarisation entre nous et de découvrir que nous partageons un élément fondamental : notre foi.

Vous êtes même devenu le président sous la coupole fédérale d’un groupe qui s’appelle « Chrétiens et politique ». Qu’est-ce qui vous a conduit à envisager cet engagement ?

C’est assez naturel quand on est chrétien d’essayer d’assumer son engagement et de le marquer ainsi. Dès le début de la législature, j’étais membre de ce groupe. Il s’avère que quelqu’un a dit que cela faisait de nombreuses années qu’il en était le vice-président et qu’il souhaitait remettre cette fonction. Comme ceux qui me connaissent savent que j’ai souvent de la peine à dire non, j’ai accepté ce poste et me suis retrouvé à la présidence. Je le fais avec grand plaisir, parce que c’est aussi une occasion de travailler en partenariat avec des collègues non pour imposer un Etat théocratique, mais pour vivre en démocratie, dans un système politique qui sépare l’Etat de la foi, comme le disait Jésus : « Rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Mais on ne peut pas dissocier les choses complètement. La foi qui m’habite m’entraîne aussi dans mon engagement politique, même si, encore une fois, il est important d’avoir des chrétiens dans tous les partis politiques.

Est-ce que le fait que vous vous affichiez en tant que chrétien évangélique vous a valu quelques remarques un peu critiques ?

Non, absolument pas. Il est clair qu’il faut aussi mettre en avant son engagement évangélique en lien avec les dimensions de partage et d’ouverture, et ne pas laisser sous-entendre qu’il n’y a que les évangéliques qui ont raison et que tous les autres ont tort. Ceux qui me connaissent savent que j’affiche une attitude d’ouverture, de lien et de coordination… Je ne suis pas le seul à être actif dans des Eglises évangéliques. Plusieurs collègues dans ce parlement partagent ces idées et se retrouvent le dimanche dans de telles Eglises.

Que pensez-vous de la création récente du « lobby » évangélique à Berne « Christian Public Affairs » ?

A mon avis, c’est une bonne chose. Nous sommes dans un monde où beaucoup d’idées circulent, où beaucoup de positions sortent. Plus les milieux chrétiens se coordonneront pour avoir un discours précis sur certaines questions, mieux ce sera. Nous recevons beaucoup de matériel de différents milieux soit par écrit, soit par courrier électronique. Le fait qu’on ait une certaine coordination et une certaine élaboration des positions parmi les différents milieux chrétiens, ne peut que renforcer des prises de position et une écoute non seulement par les chrétiens élus, mais aussi par d’autres collègues.

Comment voyez-vous la suite de votre mandat ?

C’est écrit dans mon contrat que tous les quatre ans il y a une réélection et c’est démocratiquement tout à fait normal. Maintenant, c’est une période qui peut se terminer soit par une confirmation, ce qu’à titre personnel j’aimerais bien, soit par une non-réélection. Et Dieu m’a plusieurs fois montré qu’une porte peut rester ouverte et c’est très bien, mais qu’elle peut aussi se fermer. Ce qui m’importe, c’est d’être dans le plan de Dieu et à disposition. J’ose espérer que le travail que j’ai fait et le bilan que j’apporte puisse être reconnu.

Laurent Wehrli, vous avez été passablement épinglé dans les médias sur cette affaire autour des notes de frais qui a traversé dernièrement le monde politique. Comment avez-vous vécu cela ?

Soyons clairs ! On ne le vit jamais très bien. J’ai le privilège d’avoir vu cette affaire rapidement étouffée, parce que ceux qui étaient chargés de contrôler ces notes de frais - la commission des finances de la commune de Montreux par la voix de sa présidente notamment - ont très clairement dit qu’il n’y avait rien à reprocher au syndic. La fiduciaire a confirmé cela. Le préfet, dans son contrôle de la commune, a confirmé cela. Donc il n’y a pas d’affaire, à part une affaire politique ! C’est peut-être ce qui fait le plus mal. Certains amis m’ont dit qu’il n’y avait que ceux qui sont sur le sommet de la colline qui sont visés, ceux qui sont cachés derrière on ne va pas les attaquer.

En avez-vous été meurtri ?

Il ne faut pas avoir peur de certains mots. Oui, pas au point de m’abattre. Je continue mon service à Montreux. Je me représente pour l’élection au National cet automne. C’est plus la mauvaise foi qui m’a blessé. Je ne suis pas parfait. J’ai mes défauts et je peux faire des erreurs, mais sur ce sujet il n’y en avait pas. Comme c’était dans l’air du temps après les affaires des Genevois Pierre Maudet et Guillaume Barazzone, cela a été un bon angle d’attaque.

Ma famille en a été très meurtrie, parce que c’est une médiatisation peu positive. Mais encore une fois, cela fait partie du système, même si je trouve que, dans un contexte de polarisation, on n’est pas dans une vision simple de la politique.

Vous dites souvent que la dimension de service chrétien est au cœur de votre engagement politique. Après 4 ans à Berne, cela reste au coeur de votre motivation ?

C’est la marque de fabrique de Laurent Wehrli : le service des autres. Pendant une période de ma vie, je l’ai beaucoup fait en intervenant comme responsable pompier. Ce que je garde toujours, puisque je préside la Fédération suisse des sapeurs-pompiers. Je le fais dans d’autres secteurs, dans la présidence de Pro Senectute Vaud ou dans la présidence d’Helvetia latina que je viens de reprendre. Cela fera sourire certaines personnes qui pensent que je ne sais que présider… J’accepte volontiers de rendre service et c’est dans cette perspective que j’accomplis ces différents mandats.

Dans mon esprit, il s’agit de servir les autres… comme Jésus le rappelle dans la parabole du Bon Samaritain qui est le seul à s’être arrêté pour la personne qui en avait besoin.

Propos recueillis par Serge Carrel

  • Encadré 1:

    L'intervention de Laurent Wehrli lors du rassemblement ONE au Forum Fribourg en 2017

    «L'engagement politique du chrétien» avec Laurent Wehrli

1 réaction

  • Alain Normand vendredi, 13 septembre 2019 11:19

    Cette interview de Laurent Wehrli est un encouragement pour tout chrétien qui se plaît, en notre démocratie, à faire des choix politiques au mieux de sa conscience et de sa foi.
    Ses convictions et son humilité, qui consiste à reconnaître la valeur des autres, ont valeur d'exemple pour nous.
    Quel que soit le parti qui aurait notre préférence, nous serons heureux de voir Laurent Wehrli réélu au Conseil national. Qu'il soit béni de Dieu, et au travers de son engagement en politique, que notre pays le soit aussi.

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