Vaud: Philippe Gonzalez fait le point sur la demande de reconnaissance des évangéliques

Serge Carrel vendredi 06 septembre 2019

Il est depuis une année et demie membre de la Commission de consultation en matière religieuse (CCMR) du canton de Vaud qui examine les demandes de reconnaissance des communautés vaudoises minoritaires. Quelques jours avant la conférence qu’il donnera le 19 septembre à Yverdon-les-Bains, le sociologue Philippe Gonzalez a accepté de répondre aux questions de lafree.info.

Qu’est-ce qui habite la CCMR à l’occasion de cette rentrée ?

La CCMR a un rythme de rencontres mensuelles. A partir du moment où une rencontre saute, les choses prennent beaucoup de retard. L’une des séances du printemps a sauté, et cela a reporté de deux mois l’information à faire aux communautés à propos de la formation que nous mettons en place. Nous avons donc provoqué une forme de stress dans les diverses communautés, ce que nous regrettons.

A côté de la formation, il y a d’autres choses qui se mettent en place. Deux communautés importantes ont déposé leur dossier, la FEV au mois d’avril et l’UVAM au mois de mai. Nous avons constitué au sein de la CCMR des sous-commissions pour suivre chacune de ces demandes. Trois personnes constituent celle qui examinera la demande des évangéliques : Patrizia Conforti (théologienne), Pascal Bregnard (représentant de l’Eglise catholique) et moi-même.

Quel va être le rôle de cette sous-commission ?

Nous envisageons de visiter lors d’un culte chacune des 42 communautés évangéliques signataires pour faire un travail de communication et de relation. L’une des difficultés que nous avons, c’est que les membres de la CCMR ont d’autres engagements et que l’examen de ces communautés va prendre beaucoup de temps. On se réjouit donc d’avoir encore 4 ans pour effectuer correctement ce travail. Lors de nos visites, nous examinerons le fait que chacune affiche une forme associative de type démocratique, ce qui correspond aux standards du statut des associations dans le Code civil suisse. Il y a aussi un gros enjeu au niveau financier. La CCMR ne dispose pas de toutes les compétences techniques pour examiner les comptes des associations, c’est pourquoi le dossier devra également être traité par les services spécialisés de l’Etat.

N’aurait-il pas été possible de mettre en place un examen plus léger des candidatures ?

Visiter chacune des communautés membres des fédérations nous paraît important pour des raisons d’égalité de traitement. Il y a aussi le désir de faire un travail d’explication des rapports qui vont être noués avec l’Etat. De plus, nous devrons construire un dossier solide pour le Conseil d’Etat, qui, à son tour, devra le présenter avec de bons arguments au Grand Conseil, et devant le peuple s’il y a référendum.

Nombre d’évangéliques ont été surpris par la mise en place de la formation « Communautés religieuses, pluralisme et enjeux de société ». Etait-elle prévue depuis longtemps ?

Cette formation part de la Déclaration liminaire d’engagement signée par les évangéliques. Son article 3 dit que « les capacités de leurs représentants de s’exprimer en français, ainsi que leurs connaissances en droit suisse et dans le domaine interreligieux feront l’objet d’une évaluation ». Au moment où nous relisions cette déclaration, nous nous sommes dit que s’il fallait évaluer des gens, nous avions besoin de critères, mais surtout de leur donner la possibilité de se former. Nous avons donc décidé de mettre en place une formation qui n’est pas obligatoire – soulignons-le ! – mais qui devrait contribuer à ce que la demande d’une communauté soit perçue favorablement.

Par rapport au dialogue interreligieux, nous nous sommes rendu compte que les plateformes interreligieuses concernaient une part très restreinte d’acteurs. Quant aux formations de théologie, leur rôle premier n’est pas de mettre les gens en relation. Dans quel lieu en Suisse romande aujourd’hui, existe-t-il une formation dans laquelle sont conviés des responsables de diverses communautés religieuses ? Ni à la HET-PRO, ni dans les Facultés de théologie de Lausanne ou de Genève. La seule offre, à ma connaissance, qui s’approche de ce que nous faisons concerne un CAS (certificat en études avancées) en études interreligieuses proposé par l’Institut œcuménique de Bossey, mais il s’adresse à un public international.

Notre formation a pour but de délivrer des connaissances en matière de droit et sur la diversité religieuse du canton de Vaud, mais le volet important, c’est de mettre en relation de manière personnelle différents responsables de communautés. Cette formation est donc le moyen de faire connaissance autour d’une réflexion commune et de découvrir ce que signifie le fait d’être une communauté reconnue par l’Etat et engagée dans une dynamique de service public. Il y a des pasteurs et des prêtres qui disposent d’une formation académique, mais aucune de ces formations ne propose ce type de rencontres.

Nous sommes en train de constituer un groupe de 20 à 25 personnes, en demeurant attentifs à la diversité des provenances : la proportion devrait être de 10 évangéliques, 5 musulmans, 1 ou 2 anglicans, 1 ou 2 juifs, et pour le reste des réformés et des catholiques nouvellement arrivés dans le canton.

Dans le milieu évangélique, il y a eu beaucoup de débats autour de la clause de non-discrimination en matière d’orientation sexuelle contenue dans la Déclaration liminaire…

Ce qui nous paraît clair, c’est qu’il faut distinguer entre les enjeux qui sont cultuels et les enjeux sociaux. Du point de vue du fonctionnement de la communauté religieuse, la CCMR ne peut pas obliger une communauté à engager un pasteur homosexuel. Elle ne peut pas non plus obliger une communauté à accomplir une bénédiction de couples de même sexe. L’enjeu de cette discussion porte sur ce qu’il advient de la communauté lorsqu’elle fonctionne dans le cadre d’un service public. De quelle ouverture témoigne-t-elle vers l’extérieur dans une aumônerie ? Prenons un exemple : une aumônerie fait de l’accueil de SDF. Un homosexuel se présente. Cette aumônerie doit l’accueillir comme toute autre personne et ne pas faire de pression contre son orientation sexuelle.

Le deuxième élément qui est très clair selon la loi, ce sont les incitations à la haine. Cependant, ce n’est pas parce qu’un pasteur cite des passages de la Bible, comme ceux de Lévitique 18 ou de Romains 1, et défend une position conservatrice dans le domaine de la morale sexuelle, qu’il a automatiquement commis une atteinte aux personnes… Ce qui est clair, c’est que tout appel à la haine, qu’il porte sur des personnes homosexuelles, étrangères ou d’une autre religion, tombe sous le coup de la loi.

Que faire des situations dans lesquelles un membre a des conflits avec son Eglise, notamment parce qu’il a été exclu de sa communauté à cause de son orientation sexuelle ?

Si cette personne saisit les tribunaux et considère qu’il s’agit d’une discrimination, on se trouve dans une zone un peu plus grise. Là-dessus, la CCMR n’a pas de doctrine. La situation concrète appellera à évaluation. Il faut faire une distinction entre un comportement systématique de la part d’une Eglise ou une occurrence où on va devoir réfléchir, avec la communauté et la FEV, à ce qui s’est passé.

Propos recueillis par Serge Carrel

Plus d'infos sur la conférence de Philippe Gonzalez « La relation entre l'Eglise et l'Etat », le jeudi 19 septembre à Yverdon-les-Bains.

Publicité

Twitter - Actu évangélique

Journal Vivre

Opinion

Opinion

TheoTV (mercredi 20h)

1er avril

  • «Un Dieu zéro déchet» avec Dave Bookless (Intelligence de la foi)
  • «Etes-vous facilement contrarié?» avec Camille Kursner (SPPA)
8 avril
  • «Il m'a donné un nom» avec Christine Gallay (CMI)
  • «Les projets de l'Eternel» avec Emmanuel Ziehli (Vitamine B)

myfreelife.ch

  • Mettre la crise en crise

    Mar 31 mars 2020

    En cette période de confinement, la vie de foi est une ressource qui nous pousse à ne pas nous enfermer « dans le bunker de la peur et de la protection ». C’est notamment ce qu’a dit Panteleimon Giannakopoulos, professeur de psychiatrie à l’Université de Genève qui répondait aux questions de Gabrielle Desarzens dans l’émission Babel du 22 mars dernier.

  • «Chronique de la salle de bain #8» : «En chacun de nous sommeillent deux loups...» (Marie Ray)

    Jeu 26 mars 2020

    Un indien raconte à son petit-fils une parabole sur le coeur de l'homme: il y aurait en celui-ci deux loups... un bon et un mauvais. Lequel va gagner? C'est la réflexion que nous propose Marie Ray à l’occasion de sa huitième « Chronique de la salle de bain ». Un clip à découvrir.

  • Coronavirus : la fragilité des personnes en souffrance psychique mise à l’épreuve

    Jeu 26 mars 2020

    Les moments de partage se sont multipliés à La Maison Béthel, qui accueille des adultes en fragilité psychique passagère ou chronique. « La parole soulage. Et notre population doit pouvoir dire. Et se dire », résume jeudi 26 mars Claude-Alain Nuti, l’un de ses deux aumôniers.

  • « Ma femme va mieux. Nous avons gardé confiance en Dieu »

    Ven 20 mars 2020

    Diagnostiquée positive au coronavirus il y a deux semaines, Liliane Meylan est au CHUV « et va un peu mieux depuis deux jours », confie vendredi 20 mars à Lausanne son mari Jean-Jacques. Asthmatique et atteinte par trois fois de tuberculose pulmonaire au cours de sa vie, sa remise sur pied n’était pas gagnée !

eglisesfree.ch

  • Coronavirus : les mesures à prendre proposées par la FREE et l'OFSP

    Ven 06 mars 2020

    Comme plusieurs unions ou fédérations d’Eglises, la FREE a proposé à ses Eglises membres de prendre les mesures suivantes en lien avec la propagation du coronavirus ou covid-19. Voici ce qui a été indiqué aux responsables des Eglises membres.

  • Partenariat avec la Ligue pour la lecture de la Bible

    Ven 12 avril 2019

    Le 6 avril 2019, lors de la Rencontre générale de la FREE, Philippe Thueler, Secrétaire général de la Fédération, a annoncé officiellement le partenariat entre la Ligue et la FREE pour la formation et le coaching des églises pour ce ministère.

  • Qui contacter en cas de soupçon d'abus sexuels sur les mineurs?

    Dim 03 mars 2019

    En complément à la nouvelle charte des moniteurs de l'enfance de la FREE, voici la liste des services et associations à contacter, selon les cantons, en cas de soupçon d'abus sur un mineur.

  • Lieux de culte : plutôt adaptés que neutres

    Mer 18 décembre 2019

    « Pour être missionnels, doit-on désacraliser nos lieux de culte ? » Tel était le thème de réflexion de l’après-midi, lors de la Rencontre générale de la FREE, le 23 novembre 2019 à Nyon. Cette réflexion a été introduite, le matin, par une méditation de Myriam Matthey, pasteure dans l’Eglise évangélique « La Fraternelle », à Nyon. Ensuite, durant l’après-midi, une table ronde a rassemblé Marc Gallay, pasteur dans l’Eglise évangélique de Lonay, François Kunz, architecte à Genève et Jacques André, pasteur dans l’Eglise évangélique de Cologny. Il ne sera, semble-t-il, pas nécessaire de « désacraliser » nos lieux de cultes et de les transformer en salles polyvalentes pour les rendre missionnels. Par contre, ils auront souvent besoin d’être adaptés.

Blogs évangéliques

Suivez-nous sur les réseaux sociaux !