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200 ans du Réveil de Genève : la spiritualité christocentrique du Vaudois Auguste Rochat (3)

Antje Carrel jeudi 28 septembre 2017

Dans le canton de Vaud au début du XIXe siècle, le Réveil de Genève fait des émules. Le pasteur Auguste Rochat en est l’une des personnalités les plus marquantes. Antje Carrel propose ici le dernier volet de sa série de trois sur la théologie et la spiritualité de ce Vaudois.

« Partout, Jésus vous offrira le modèle de la vraie vertu calme et tranquille au milieu du choc des passions humaines, pardonnant à ceux qui l’outragent et priant pour ceux qui le persécutent »(1). Auguste Rochat (1789-1847) est l’une des figures marquantes du Réveil dans le canton de Vaud. Tout au long de ses écrits, le pasteur de Rolle révèle une vie soumise à Jésus-Christ, un profond respect pour l’Evangile, et une perspicacité envers les maux de son temps.

Le péché confronté par l’Evangile

Au cœur de la théologie d’Auguste Rochat se trouve l’Evangile. Dans L’agonie de Jésus en Gethsémané, une prédication publiée à Genève en 1827, il développe un appel à la conversion à partir des dernières hésitations de Jésus devant sa mort. L’ultime question qu’il n’hésite pas à poser à ses paroissiens, tout comme à ses lecteurs, est la suivante : « Croyez-vous à l’Evangile, ou n’y croyez-vous pas ? » Le pasteur vaudois continue en disant : « Si vous n’y croyez pas, nous vous demanderons ce que vous venez faire dans ces temples ? Et si vous y croyez, nous vous demanderons ce que signifie l’agonie de Jésus en Gethsémané, et si elle vous dit que le péché soit une chose si excusable, et l’éternité une chose si peu redoutable pour le pécheur ? »(2).

Lorsqu’Auguste Rochat parle de l’Evangile, il commence par souligner la nature pécheresse de l’homme. « Avant que de nous rassurer, l’Evangile commence par troubler notre fausse tranquillité, en nous convainquant que nous sommes de grands pécheurs, tout-à-fait corrompus et perdus devant Dieu »(3). Alors que le canton de Vaud traverse une période d’indifférence à l’Evangile, sa population privilégiant le bien-être quotidien et donnant beaucoup d’importance à différents plaisirs (« Mangeons et buvons, puisque demain nous mourrons ! » Es 22.13), Rochat ne cesse de souligner la nature pécheresse de l’homme et la grâce du Christ. Il affirme ainsi : « C’est par la grandeur du remède qu’on juge de la grandeur du mal ; un grand paiement suppose une grande dette, et une victime d’un prix infini immolée pour les pécheurs suppose des pécheurs bien coupables »(4). Loin d’être moralisateur, le pasteur invite non-chrétiens et chrétiens à recevoir la grâce que Dieu nous accorde en Jésus-Christ, nous pardonnant et nous sauvant de tous péchés. « Quand nos péchés nous effraient, pensons que la justice du Sauveur, sa sainteté, ses mérites, ses souffrances, deviennent notre bien par la foi, et couvrent devant Dieu les souillures de notre vie »(5).

« Christ s’est fait pauvre pour nous »

La figure du Christ qui est dépeinte dans les écrits de Rochat reflète une christologie haute. Jésus-Christ, en tant que Fils de Dieu, s’est fait homme et est venu habiter parmi nous. Alors que le péché de l’être humain est souvent opposé à la sainteté du Christ, comme par exemple au travers de ces mots : « Jésus est l’ennemi du péché, de ce que son nom seul nous prêche que nous sommes corrompus et perdus, puisqu’il a fallu qu’il vînt pour nous sauver » (6), Rochat donne tout autant d’importance à l’humanité de Jésus, sa proximité, sa compassion, son humiliation, son sacrifice. « Comme les plus pauvres d’entre les hommes, il est né dans une étable, et il a mangé son pain en travaillant jusqu’à la trentième année de sa vie »(7). « Christ s’est fait pauvre pour nous ; il s’est dépouillé de sa justice pour nous la donner et il a pris sur Lui toute notre misère spirituelle : "il a été fait péché pour nous ; – il a porté nos péchés en son corps sur le bois ; – il a été fait malédiction à notre place ;" il a été pour nous : "froissé, mis en langueur," et cela par l’Eternel »(8). La christologie d’Auguste Rochat atteint sa phase la plus développée avec L’agonie de Jésus en Gethsémané. Cette méditation sur la Passion invite le lecteur à prendre part à la scène biblique d’une façon similaire à la spiritualité jésuite et à ses exercices contemplatifs. « Pour retirer du fruit de ces méditations [sur l’agonie de Jésus en Gethsémané], rappelez-vous souvent que cela est réel, très réel ; que le Sauveur a marché sur cette même terre sur laquelle nous vivons ; que cette même terre s’est abreuvée de son sang ; que c’était dans une nuit de printemps, sous la voûte des Cieux, et dans un jardin planté d’oliviers, que Jésus s’écria : Mon Père, s’il était possible que cette coupe s’éloignât de moi ! »(9). L’amour profond pour Jésus qu’Auguste Rochat transmet avec enthousiasme à ses paroissiens et à ses lecteurs, ne peut les laisser indifférents. Sa façon de parler du Christ avec simplicité, comme s’il était présent à ses côtés, tout en louant sa sainteté, invite toute personne à aimer Jésus, le Fils de Dieu, d’un amour profond et sincère.

La sanctification par l’introspection

Tous les écrits d’Auguste Rochat, sans exception, sont revêtus d’une vérité pratique, qui, avec la force d’instruction du pasteur-théologien, défie le chrétien dans son orgueil, et le non-chrétien dans son ignorance. Lorsqu’il parle de l’amour de Dieu, Rochat se remet en question humblement, tout en invitant ses lecteurs à faire de même. « 1) Devons-nous à Dieu de l’aimer de tout notre cœur ? 2) L’aimons-nous ainsi, et observons-nous le premier et le plus grand des commandements ? 3) Si nous n’aimons pas Dieu avant toutes choses, pouvons-nous espérer d’être en état de grâce devant lui ? 4) Quel est le moyen, pour des êtres qui ne l’aiment pas, de trouver grâce devant lui et d’en venir à l’aimer ? »(10). Constatant combien il est facile de se laisser charmer par les « objets de la terre » qui viennent prendre la première place dans nos cœurs, Rochat invite le lecteur à continuellement sonder son propre cœur. « Il est donc essentiel de ne pas vous déguiser la plaie profonde de vos cœurs, et pour la sonder adressez-vous souvent des questions semblables à celles-ci : Fais-je pour mon Dieu ce que je fais pour l’argent, ou pour le plaisir, ou pour satisfaire mon ambition ? Sur quoi mes pensées se portent-elles habituellement ? Dieu y est-il pour beaucoup ? Suis-je plus affligé de mes péchés que je ne le serais de la perte de quelque partie de mes biens, ou de quelqu’autre objet de mes affections ? Ai-je plus de plaisir à prier Dieu, à entendre sa Parole, à la lire, à parler de lui, que je n’en ai à tout autre chose ? M’efforcé-je constamment de faire en tout la volonté de Dieu, et mon premier désir est-il de lui plaire ? »(11). Par ses questions sincères et directes, Auguste Rochat invite le membre de son Eglise ou son lecteur à examiner sa vie à la lumière de l’Evangile, non seulement en tant qu’individu mais aussi en communauté. « En vous adressant à vous-mêmes ces questions et d’autres semblables, priez Dieu instamment de vous éclairer par son Saint-Esprit, et de lever par sa bonté ce voile d’orgueil et d’illusion qui vous cache le véritable état de vos âmes »(12).

Un précis de spiritualité évangélique

Les écrits du pasteur de l’Eglise séparatiste de Rolle(13) révèlent une théologie évangélique qui s’est affirmée dans le canton de Vaud à une époque où être chrétien uniquement de nom est de plus en plus courant, et où les coutumes religieuses sont souvent observées sans grandes convictions. Alors qu’il tente de « réveiller » ceux qui souffrent d’une « épouvantable tiédeur pour Dieu »(14), tout en partageant sa passion pour l’Evangile et son amour pour son Sauveur, Auguste Rochat ne cesse de rappeler les pratiques qui sont au cœur de la spiritualité évangélique. La première est de « lire la Parole de Dieu, qui est plus pénétrante qu’une épée à deux tranchants, et plus efficace que toutes les paroles humaines, pour corriger, instruire, convaincre et rendre accompli en toute bonne œuvre. » La deuxième est « la prière, qui est le canal de toutes les grâces de Dieu, toute la ressource, toute la force de l’homme. Car tout est don de Dieu dans l’œuvre du salut, et tout est donné à celui qui demande. » La troisième, « c’est qu’à mesure que nous gagnons quelque chose en foi, nous priions Dieu de nous faire gagner à proportion en vertu et en vie chrétienne. La foi se fortifie par l’exercice ; elle produit les œuvres ; mais à leur tour les œuvres qui en sont le fruit la rendent plus vigoureuse »(15).

C’est aussi humblement qu’il vécut sa vie que ses écrits parviennent à la postérité. Néanmoins, simple et percutante, la spiritualité d’Auguste Rochat ne devrait pas finir de marquer profondément les futures générations qui vivent dans un contexte sociologique et historique étonnement similaire à celui du pasteur séparatiste de Rolle.

Antje Carrel

Notes
1 Auguste Rochat, L’agonie de Jésus en Gethsémané ou Sermon sur Luc 22.41-44, Genève : Susanne Guers, 1827, 33. Sur Googlebooks.
2 Ibidem., 14-15.
3 Auguste Rochat, La paix de Jésus, Genève : Susanne Guers, 1826, 20. Sur Googlebooks.
4 Auguste Rochat, L’agonie, 15-16.
5 Auguste Rochat, Recueil de discours et de morceaux divers, Toulouse : Société de livres religieux, 1853, 73. Sur Googlebooks.
6 Ibidem., 70.
7 Ibidem., 227.
8 Ibidem., 228.
9 Auguste Rochat, L’agonie, 33.
10 Auguste Rochat, Dieu invitant les pécheurs à se repentir et à croire, les indécis à se décider, et ceux qui savent, à pratiquer, Neuchâtel : Michaud, 1846, 8-9. Sur Googlebooks.
11 Ibidem., 23.
12 Ibidem.
13 L’« ancêtre » de l’Eglise évangélique des Marronniers à Rolle (FREE).
14 Auguste Rochat, La paix, 8.
15 Auguste Rochat, La doctrine évangélique, Genève : Guers, 1825, 22-24. Sur Googlebooks.
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