Noël: «Et si c’était vrai?», un récit d'Olivier Fasel

lundi 30 novembre 2009

Olivier Fasel, pasteur dans l'Eglise évangélique de Villars-sur-Glâne, est aussi un conteur. Mais il n'est pas du tout certain que les contes de Noël soient en phase avec la véritable histoire de Noël. Il nous explique pourquoi.

Debout devant la vitrine du super-marché de mon quartier, comme un chien de chasse à l'affût, je souris. Je réfléchis à une demande qui m'a été faite récemment: trouver un conte de Noël à raconter.
Un conte de Noël, c’est quoi? Est-ce que ça existe au moins? J’aurais plutôt envie de dire que Noël, c’est le temps des contes et des conteurs. Ceux-ci inventent des récits pour enfants: ici un Père Noël reste endormi au moment de partir distribuer ses cadeaux; là un petit renne reprend confiance en soi et bat tous les records d’attelage de traîneau pour une distribution éclaire de tous les cadeaux du monde; ailleurs le Père Noël est une ordure. Et ailleurs encore, une sorcière maudit un monde entier et le plonge dans un hiver maléfique. Alors, quatre héros mettent fin au malheur grâce à un combat acharné contre des forces obscures. D’autres contes mettent en scène des bonshommes de neige qui fondent de bonheur aux premiers rayons du soleil printanier! Et l’inventaire n’est pas exhaustif. Cet acharnement à créer des récits autour de l’idée qu’on se fait de Noël, à rechercher une atmosphère, paraîtrait certainement bien étonnant à quiconque débarquerait sous nos latitudes sans être pétri de notre culture!

Ça brille, ça sourit, ça dégouline...

Je contemple la décoration de la vitrine en face de moi. Elle est illuminée de mille lampions, de guirlandes, de figurines souriantes en chapeaux pointus rouge, de fées, d'angelots bedonnant aux cheveux éternellement blonds et bouclés. Ça brille, ça sourit, ça dégouline de mélodies mielleuses diffusées en boucle jusque dans les rues. «Noël est doux, Noël est bienveillant, réjouissez-vous bonnes gens, laissez-vous attendrir par quelques friandises... et achetez ma marchandise!» semblent chanter les vitrines de mon quartier!
Je reprends mon chemin et quitte ma vitrine éblouissante. La foule m’absorbe et je découvre un nouveau spectacle: une crèche! L’inspiration de ce commerçant m’étonne: mille paquets colorent une vitrine aux dimensions impressionnantes. La petite crèche est perdue au milieu des guirlandes, des cheveux d’anges, des chaussures, des bottes, des gants et autres articles de maroquinerie. Elle est proprette, en bois peint, avec des santons et le Petit-Jésus encadré par l’âne et le bœuf. Une étoile distille des flashes comme un paparazi hystérique devant Daniel Craig ou Angelina Jolie!
Certes, les proportions – ou les disproportions – de la décoration signifient bien que ce qui importe, ce sont les objets pétillants de couleurs, offerts à l’appétit du consommateur. Mais la crèche est bien là, sympathique. Tous les personnages sont tournés vers le bébé dans son douillet nid de paille éternellement fraîche et dorée. Je découvre même une de ces petites merveilles de crèche en porcelaine distillant du parfum!

La véritable histoire de Noël
Noël, «natalis» en latin, la nativité, la naissance de l’enfant Jésus. Malgré le net recul des pratiques religieuses, il est encore quelque commerçant scrupuleux qui affiche la tradition séculaire. Cela doit-il nous réjouir? Pas sûr...
Je rentre. J’ouvre ma Bible aux chapitres qui décrivent la naissance de Jésus-Christ (Mt 1,18 à 2,23 et Luc 1,5 à 2,40). Il n'est pas nécessaire de lire entre les lignes: ce qui s’est passé à l’époque n’a rien à voir avec l’image d'Epinal qu’on prête aujourd’hui à la Nativité! Dès le départ, la grossesse de la jeune Marie pose problèmes à l’entourage, au point que Joseph envisage rompre... certes secrètement. Mais le gaillard, sans l’intervention claire, nette, explicite, péremptoire et rassurante d’un ange, aurait laissé la jeunette et son miraculeux petit sur la carreau – ou plutôt sur le trottoir! Le texte de l'évangéliste Matthieu nous parle d’un homme juste qui ne veut pas accuser Marie (1,19)... Sa rectitude et son retrait auraient tout de même nui à la réputation de son ex! En des circonstances semblables, combien d’hommes ont donné des exemples différents, assumant avec grandeur d’âme une telle situation déshonorante, la rectifiant de leur discrétion et de leur compassion?
Et le texte biblique continue, déconcertant. Le recensement ordonné par Quirinus déplace des populations immenses pour cette époque. Marie, enceinte jusqu’au cou, n’y échappe pas: plus de 120 kilomètres à pieds entre Nazareth et Bethléem! Aujourd'hui en Occident, quelle mère presque au terme de sa grossesse marcherait une semaine entière pour satisfaire l’administration?
Et le pire arrive! Il y a tant de monde à Béthléem que les hôtelleries sont prises d’assaut. Pas de privilèges ni de passe-droit pour les mères enceintes! Quant aux hôpitaux, on oublie! Il ne reste que... l’écurie! La main de l'évangéliste Luc, médecin de formation, a dû trembler lorsqu'il a écrit dans quelles conditions la jeune femme a mis au monde sont premier-né: conditions déplorables, promiscuité au moment de l’accouchement! On est loin des crèches de mes vitrines, bien peintes, chaleureuses, proprettes, douillettes, souriantes, voire agréablement odoriférantes!

Dieu s'engage, et nous aussi
La véritable histoire de Noël est à l'image de la vie: dure! La nativité n’a pas constitué une joyeuse partie de plaisir. Je vois deux différences fondamentales entre les récits de l'Evangile et nos jolis contes de Noël. Tout d’abord, cette histoire est réelle! Elle ne s’arrête pas aux portes de notre imaginaire. Même si elle présente des ressemblances avec un conte de fées – avec ses faits miraculeux – elle constitue une réalité historique à l’épaisseur humaine. Ensuite cette histoire nous interpelle. Elle nous invite à agir, à retrousser nos manches, à plonger nos mains dans un engagement personnel, social et spirituel, à l’exemple de Jésus notre modèle en humanité.
Depuis deux millénaires, cette histoire mobilise des disciples rassemblés autour d’une personne vivante: Jésus, le ressuscité. Car le petit Jésus des crèches a grandi, il est mort sacrifié pour expier les péchés de l’humanité, il a été mis au tombeau, il est ressuscité après trois jours, il est monté au ciel d’où il reviendra juger les vivants et les morts. Et, d’ici son retour glorieux, il nous délègue l’Esprit Saint. Si nous nous engageons dans une démarche de repentance et de foi, il applique à nos cœurs la vie éternelle et l’espérance d’un monde où toutes choses seront nouvelles, où il n’y aura plus ni deuil, ni cris, ni douleurs, ni mort!
Noël n’est pas un conte! Mais c’est le temps des contes derrière lesquels nous pouvons, de façon peut-être subversive, interpeller nos contemporains à la fois incrédules et friands de féérie: «Et si c’était vrai?»

Olivier Fasel, pasteur à Villars-sur-Glâne

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