«Quand la conscience de certains musulmans les pousse au meurtre» par Christian Bibollet

Christian Bibollet jeudi 12 novembre 2020

Souvent, on considère les « assassins au nom d’Allah » uniquement sous l’angle de la psychiatrie. Christian Bibollet, directeur de l’Institut pour les questions relatives à l’islam, proche du Réseau évangélique suisse, montre que les choses sont plus complexes. D’une part parce que souvent ces terroristes ne sont pas conscients de la manière dont le religieux a trouvé sa place dans l’histoire de l’Occident. Et d’autre part parce qu’un certain enseignement coranique dispensé aux enfants, y compris en Suisse, valorise le mépris des non-musulmans et les châtiments à octroyer aux « mécréants ». Christian Bibollet a publié cette prise de position dans l’édition du 11 novembre du quotidien « Le Temps ».

 

Samuel Paty, les trois victimes de Nice et d’autres avant eux, sont morts sous les coups d’hommes qui, plus que par fragilité psychologique personnelle, étaient motivés par la conscience d’être musulman et de devoir défendre leur religion. La violence exceptionnelle de leur réaction demande qu’on cherche à comprendre leurs motivations.

Un passage de l’Ancien Testament évoque l’éventualité qu’un faux prophète, ou un membre du peuple d’Israël, incite ses « frères » à suivre d’autres dieux. Dans ce cas de figure, la loi civile d’Israël ordonnait de ne montrer aucune pitié à de tels individus et de les lapider.

Dans la foulée, le texte précise que ceux qui inciteraient à adorer d’autres dieux constitueraient un test destiné à éprouver la fidélité des Israélites envers Dieu et que la sévérité avec laquelle ils devaient les châtier avait pour but de dissuader quiconque serait tenté de les imiter.

La dette de l’islam envers un tel texte paraît évidente. Comme en Israël, la charia exige qu’on inflige la mort à quiconque appellerait à invoquer un autre qu’Allah et à suivre un autre que Mahomet. De tels cas sont également compris comme un test de la fidélité du peuple à Allah et le châtiment infligé à ces infidèles doit provoquer une terreur très dissuasive. Comme en Israël, cette pratique se déploie dans le cadre d’un système qui prescrit de tout soumettre à la « loi de Dieu ».

L’importation en Occident de cette manière de préserver la foi musulmane pose deux problèmes.

Pas de prise en compte de l’histoire du religieux en Occident

Les codes civils de nos sociétés se sont élaborés à partir de l’idée de séparation des pouvoirs, notion déjà présente dans l’Ancien Testament. Personne ne devait pouvoir cumuler les fonctions de prêtre, de prophète et de roi. En son temps, Jésus a élargi ce principe en distinguant clairement l’allégeance due aux autorités politiques et celle due à Dieu. Quelques années plus tard, Paul enrichira cette idée en désignant les représentants de l’autorité étatique comme des serviteurs de Dieu, en charge de punir le mal et d’approuver le bien.

Héritiers de cette tradition chrétienne, les États européens observent, peu ou prou, la séparation État/Église. En France, cette séparation a été formalisée par la loi de 1905, qui définit, sous le terme de « laïcité », le système juridique la sanctionnant. Conçue pour placer l’État au-dessus des religions, cette loi ne leur est pas en soi hostile, mais garantit leur liberté d’exercice et, en principe, la neutralité de l’État à leur égard. Corollaire de cette séparation, la liberté d’expression et de critique de toutes les religions s’est librement développée et est aujourd’hui régulièrement invoquée pour justifier le droit de critiquer l’islam aussi bien que le judaïsme et le catholicisme.

Le problème actuel des musulmans qui veulent instaurer en Occident des répliques de systèmes théocratiques tient au fait qu’ils refusent de prendre en compte l’histoire de la place des religions dans nos sociétés. D’autre part, en visant à islamiser les sociétés où ils se sont implantés, certains tentent de greffer sur le corps de nations démocratiques, un système théocratique caduc. Un tel anachronisme ne va pas sans provoquer des tensions considérables.

La mort pour les moqueurs et les apostats

Suite à la décapitation de Samuel Paty et à la mort des trois victimes mentionnées plus haut, il faut s’arrêter sur un autre problème, peu évoqué parce qu’il touche au domaine des convictions religieuses personnelles.

Dans les pays musulmans et partout en Europe où résident des populations musulmanes, les enfants, surtout s’ils reçoivent une éducation religieuse, intériorisent, à travers les textes coraniques qu’ils mémorisent ou simplement à travers l’héritage culturel familial, des préceptes qui les incitent à discriminer et à haïr les non-musulmans et à considérer comme normal que les moqueurs et les apostats soient punis de mort.

Il est plus que temps d’alerter la population et les autorités par rapport à ce problème. En autorisant l’enseignement du Coran dans les mosquées, on permet que soient inculqués aux enfants musulmans le mépris des non-musulmans et la responsabilité de châtier ceux qui critiquent le Prophète ou les apostats qui rejettent l’islam.

Lorsqu’un de ces « enfants » passe à l’acte, certains de leurs proches parents, ainsi que les musulmans les plus fidèles à la tradition islamique, les considèrent comme des héros. Ils se félicitent de ce que ces jeunes ont osé agir selon ce que leur dictait leur conscience formée par le Coran. Ils ne peuvent sincèrement désavouer ces crimes qui, à leurs yeux, relèvent d’un devoir religieux. Ils ne peuvent désavouer ces jeunes qui, par leur défense courageuse de l’islam, ont honoré leur famille, leur peuple, le Prophète et Allah. Ils ne peuvent que concevoir de la fierté pour eux, parce que, dans un pays de mécréants, ils ont passé avec succès le test de la fidélité à Allah.

Christian Bibollet

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