«Le regard du Seigneur, qui nous transforme» par Jane Maire Newman

jeudi 17 septembre 2020

Ancienne traductrice de la Bible avec Wycliffe, Jane Maire Newman vient de publier un livre de spiritualité : « Ce regard qui nous transforme ». Dans cet article, elle reprend son thème et en montre l’impact sur les relations entre chrétiens « de couleurs ecclésiastiques différentes ».

 

J’ai récemment assisté à l’enterrement d’une personne dont le faire-part portait ce verset du Psaume 27 : « J’ai présenté au Seigneur un seul souhait, mais qui me tient vraiment à cœur : je voudrais habiter dans la maison de l’Éternel tous les jours de ma vie » (27.4 Semeur). Ce sont les paroles en gras qui m’ont frappée : « un seul souhait », qui sortait du lot parce qu’il tenait tant au cœur du psalmiste et de la défunte.

Le dernier souhait de Jésus

Savez-vous quel a été le dernier souhait du Seigneur, qu’il a présenté au Père à la veille de sa mort, et qui lui tenait vraiment à cœur ? On le trouve dans l’évangile de Jean au chapitre 17 (21-23). Nous voyons Jésus qui prie ardemment pour ses disciples, mais pas seulement. Sa prière pour eux se prolonge au travers des siècles jusqu’à nous, pour « tous ceux qui croiront à cause d’eux ». Dans nos cultes, nous ne nous arrêtons que très rarement sur cette prière, et quand nous le faisons, c’est pour l’appliquer uniquement au niveau de notre petite communauté. La voici : « Je te demande qu’ils soient tous un. Comme toi, Père, tu es en moi et comme moi je suis en toi, qu’ils soient un en nous pour que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé. Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un, comme toi et moi nous sommes un, moi en eux et toi en moi » (Jean 17.21-23).

Je vous propose de relire ces paroles. Arrivez-vous à saisir ce que Jésus demande ? En voyez-vous les contours ? J’ai essayé de les rendre sous forme de dessin, mais je n’y arrive pas. Mon pauvre cerveau voit triple ! Le Père en Jésus. Le Père et Jésus en chaque disciple de tous les temps, et chaque disciple en eux. Et de plus, Jésus est aussi dans le Père, comme le Père est en Jésus !

Et puis, pour tout mettre en contexte, le Père et Jésus qui existent éternellement, ont créé ce monde dans lequel nous vivons et l’univers qui le contient. Ce sont eux, donc, avec l’Esprit, qui habitent en nous (voir Jean 14.23). Alors là, je me rends, je suis vaincue !

Unité… quelle unité ?

De quelle unité peut-il bien s’agir ? Nous pouvons énumérer quelques aspects : il s’agit d’une unité entre tous les disciples du monde entier, quelle que soit leur couleur ecclésiastique. Ensuite, l’effet de cette unité multicolore fera comprendre à ceux qui ne sont pas encore disciples que Jésus est vraiment venu du Père, parmi nous, pour le révéler. Voilà ce que Jésus a souhaité et a présenté au Père. Il me semble évident que Jésus visait bien au-delà du niveau communautaire unicolore auquel nous l’appliquons.

Mais à quoi cette unité ressemble-t-elle ? Jésus la qualifie ainsi : « Comme toi et moi nous sommes un ». Sans nous perdre dans des réflexions sur la nature de Dieu, trois personnes en un être, nous pouvons voir dans les textes des évangiles comment ils la montraient. Par exemple, au baptême de Jésus (Matthieu 3.16-17), le Père encourage le Fils en lui affirmant son amour et son approbation. Ensuite, Jésus consulte souvent le Père pour agir en parfaite harmonie avec lui. Ils tiennent à agir ensemble, d’une même volonté, en tendant vers le même but : nous sauver ! Ce but surgit tout droit de leur amour pour l’humanité égarée. Père-Fils et Saint-Esprit désirent la voir revenir à la maison, tel le fils prodigue, et, pour cela, Jésus vient pour nous le faire comprendre.

L’amour au cœur de l’unité

Ce qui m’aide à saisir à quel point l’unité entre les disciples de toutes sortes et de tous les temps compte pour Jésus, ce sont les références à un autre mot : « Aimez ! Aimez-vous les uns les autres, comme moi je vous ai aimés. » Durant les derniers jours qui lui restent avant la crucifixion, Jésus répète encore et encore ce message, à commencer par le soir où Judas part le trahir. Il s’agit du commandement nouveau. Encore une fois, Jésus donne la raison pour laquelle il y tient tellement : « Aimez-vous les uns les autres. Oui, comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jean 13.34-35). Nous constatons dans cet exemple la même conséquence de l’amour réciproque que pour l’unité : Jésus sera révélé. Je conclus que l’unité tant désirée par Jésus pour ses disciples est une unité de cœur, une unité dans l’amour. Cela dépasse largement quelques cultes intercommunautaires par année. Par contre, ces cultes peuvent devenir notre point de départ pour réaliser le vœu de Jésus : d’abord y assister en nombre, et ensuite nous conduire avec respect, sincérité et amour.

Agir à partir du regard aimant de Dieu

Quand on y pense, comment cela pourrait-il être autrement ? Comment vaincre notre esprit de jugement, accueillir comme frères et sœurs des personnes d’une autre couleur ecclésiastique, pardonner réciproquement nos méchancetés en paroles et en actes, agir ensemble pour notre Seigneur Jésus-Christ ? N’est-ce pas en agissant à partir du regard aimant de Dieu sur nous que nous serons poussés à l’accorder aux frères et sœurs de couleurs ecclésiastiques différentes ? N’est-ce pas en commençant par boire nous-mêmes à grands traits de cet amour que nous parviendrons à en témoigner ?

L’apôtre Paul va dans le même sens dans sa première lettre aux chrétiens de Corinthe. Il leur écrit : qu’importe les services qu’ils rendent pour Dieu et qu’importe les dons qu’ils exercent, « sans l’amour, ils ne seraient rien » (1 Corinthiens 13.2). Il n’y va pas par quatre chemins, n’est-ce pas ! Rien, c’est vraiment petit, à tel point que cela ne peut pas être pris en compte. Aïe ! Sommes-nous perdus ? Mais en fait, ni Jésus, ni l’apôtre Paul ne cherchent à placer un fardeau de plus sur les épaules de leurs auditeurs ou lecteurs. Il n’y as pas là encore un « il faut ». C’est au contraire une manière de leur montrer le chemin du repos : agir dans et par l’amour de Dieu.

Jane Maire Newman

  • Encadré 1:

    Le nouveau livre de Jane Maire Newman : « Ce regard qui nous transforme »

    Il y a plus de dix ans, j’ai reçu un livre, « Open to God », de l’auteure Joyce Huggett. Ce livre décrivait la méditation contemplative ou imaginative, ancrée dans un texte biblique. Cela a révolutionné ma vie. Cette spiritualité m’a ouvert le chemin de l’amour et m’a invitée à me laisser transformer et propulser par l’amour.

    J’ai voulu partager ce grand cadeau que j’ai reçu, alors en 2014 je me suis mise à écrire un livre qui a pour titre « Ce regard qui nous transforme - Rencontrer Dieu dans la méditation du texte biblique ». Il est sorti six ans plus tard, en janvier de cette année.

    Dans la dernière ligne droite de la publication, un pasteur réformé m’a aidée à trouver certaines références importantes qui me manquaient. Plus tard, quand je lui ai tendu un exemplaire publié en guise de remerciement, il m’a surprise avec la remarque : « Quel cadeau pour l’œcuménisme ! » Il ne parlait pas de structures, mais d’un désir profond de voir les chrétiens de toutes sortes s’unir en Christ. Mon cœur a fait un bond. Si mon livre pouvait vraiment servir à cela, au fait que les chrétiens de toutes appartenances puissent s’aimer profondément comme Jésus le désire, je serais comblée.

    Jane Maire Newman, Ce regard qui nous transforme. Rencontrer Dieu dans la méditation du texte biblique, Le Mont-sur-Lausanne, Unixtus, 2020, 128 p.

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