Votations du 23 septembre : « Une autre logique que la pression sur les producteurs », une réflexion biblique de Jean-Pierre Thévenaz

mercredi 29 août 2018

Souveraineté alimentaire, aliments équitables... la nourritue et la manière de la produire sont au coeur des prochaines votations fédérales le 23 septembre. Jean-Pierre Thévenaz, pasteur réformé et président de l’association Chrétiens au travail, propose un éclairage biblique sur ce thème. Une pièce à verser à ce dossier.

Injustices sociales. Intervention de Néhémie

1Alors il s’éleva une grande plainte des gens du peuple et de leurs femmes contre leurs frères juifs. 2Certains disaient : « Nos fils, nos filles et nous-mêmes, nous sommes nombreux. Nous voudrions avoir du blé pour manger et vivre ! » 3D’autres disaient : « Nos champs, nos vignes et nos maisons, nous les donnons en gage pour avoir du blé pendant la famine. » 4D’autres encore disaient : « Pour le tribut du roi, nous empruntons de l’argent sur nos champs et nos vignes.

5Pourtant, notre chair est semblable à la chair de nos frères, et nos fils sont semblables à leurs fils. Et cependant nous devons livrer nos fils et nos filles à la servitude, et certaines de nos filles sont déjà asservies ; nous n’y pouvons rien ; nos champs et nos vignes sont à d’autres ! » 6La colère me saisit violemment lorsque j’entendis leur plainte et de telles paroles. 7En moi s’imposa la décision de faire des reproches aux notables et aux magistrats, et je leur dis : « C’est une charge que vous faites peser les uns sur les autres ! » Puis, je les convoquai à une grande assemblée.

8Je leur dis : « Nous avons, nous-mêmes, racheté nos frères juifs vendus aux nations, autant que nous l’avons pu ; mais vous, vous vendez vos frères, et c’est à nous-mêmes qu’ils sont vendus ! » Ils gardèrent le silence et ne trouvèrent pas un mot à dire. 9Et je dis : « Ce que vous faites n’est pas bien. N’est-ce pas dans la crainte de notre Dieu que vous devez marcher, pour éviter la honte des nations, nos ennemis ? 10Moi aussi, mes frères et mes serviteurs, nous leur avons prêté de l’argent et du blé. Nous allons donc abandonner cette dette. 11Rendez-leur, aujourd’hui même, leurs champs, leurs vignes, leurs oliviers et leurs maisons, ainsi que la part d’argent, de blé, de vin nouveau et d’huile que vous leur avez prêtée. » 12Ils dirent : « Nous le rendrons et nous ne leur demanderons rien. Nous allons faire comme tu dis. » J’appelai les prêtres et je fis jurer aux gens d’agir comme on l’avait dit.

(Néhémie 5,1-12)

La parabole du gérant habile

1Puis Jésus dit à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui fut accusé devant lui de dilapider ses biens. 2Il le fit appeler et lui dit : “Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires.” 3Le gérant se dit alors en lui-même : “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance ? Bêcher ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’en ai honte. 4Je sais ce que je vais faire pour qu’une fois écarté de la gérance, il y ait des gens qui m’accueillent chez eux.”

5Il fit venir alors un par un les débiteurs de son maître et il dit au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?” 6Celui-ci répondit : “Cent jarres d’huile.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, vite, assieds-toi et écris cinquante.” 7Il dit ensuite à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Celui-ci répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu et écris quatre-vingts.” 8Et le maître fit l’éloge du gérant trompeur, parce qu’il avait agi avec habileté. En effet, ceux qui appartiennent à ce monde sont plus habiles vis-à-vis de leurs semblables que ceux qui appartiennent à la lumière. 9« Eh bien ! moi, je vous dis : faites-vous des amis avec l’Argent trompeur pour qu’une fois celui-ci disparu, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.
(Luc 16,1-9) 

 

Remarquez la lourdeur des tributs : des centaines de tonneaux, des dizaines de sacs, des terrains hypothéqués pour payer, des filles et fils de la famille asservis en cas de dettes… On y reconnaît les lourdeurs des pressions actuelles sur des producteurs. Pour avoir de quoi manger ou de quoi produire, à quoi ne sont-ils pas soumis ? Combien de pressions… sur nos assiettes !

Dans ce contexte actuel et ancien, deux récits : une parabole de Jésus parlant de se faire des amis pour survivre, et un récit plus ancien qui parle de rester un peuple de frères et sœurs.

Une loi supérieure dicte des comportements autres

A chaque fois : une autre logique, une loi supérieure dicte des comportements autres que l’habituelle pression sur les producteurs. Biffer des dettes pour en réduire le poids (mais quel poids malgré tout!), ou restituer des terres et des libertés : ce sont des réponses exigées par des situations de crise, où même les «enfants de ce monde»  sont, dit le Christ, capables de gestes de lumière ! 

Faut-il rester durs ou se montrer souples ? Question brûlante de tous les temps : la pression semble posée comme une loi inéluctable et dure, contre les évidences mêmes, et même en cas de crise on ne se donne pas le droit d’être souple. Ce que pourtant les «enfants de ce monde» savent parfois faire… pour «se faire des amis» avec ce Mammon d’injustice !

Mais la crise a d’abord dû s’exprimer haut et fort : le gouverneur a reçu des plaintes des messieurs du peuple – et aussi de dames, c’est précisé (Néhémie 5,1) – et le propriétaire de la parabole de Jésus a reçu des plaintes au sujet de son gérant (Luc 16,1). Le monde cesse alors de tourner, comme si tout allait bien, et il faut mettre des forces en jeu pour la survie, pour la production, pour le droit des familles et pour le lien social. 

Le temps de Néhémie est le début de ce qu’on appelle aujourd’hui mondialisation : c’est la culture d’un empire, la domination des Perses, qui a duré à peu près de 540 à 340 avant le Christ, et Néhémie est gouverneur au milieu de cette période, vers 440. La Perse a rôdé son système impérial de tributs réquisitionnés de partout, et les peuples savent à quoi ils sont exposés. En cas de crise de production, il manquera aux plus pauvres le blé pour survivre, le blé pour produire, le blé pour payer leurs impôts et aussi pour payer leurs dettes familiales. Ce sera un cercle vicieux, totalement bloqué. Il restera à crier sa plainte…  Et heureusement que Néhémie l’entend !

Décider de relâcher la pression

Car il en sortira une décision politique : Néhémie convoque les dirigeants pour décider de relâcher la pression, de renoncer ! Et, le premier, il leur montre ses propres renonciations. Il donne l’exemple pour les convaincre, puis il les fait jurer de se tenir à leur décision. On doit pouvoir s’y fier. 

Permettre aux familles de survivre sans hypothéquer leurs terres, de recevoir les semences de blé pour travailler ces terres, de se retrouver en familles complètes pour affronter la crise et faire fructifier leurs terres : c’est renoncer au système de pression et d’exploitation prévalant jusque-là. 

Surmonter la crise dans la solidarité régionale, cela requiert une souplesse des plus forts.

Mais cela requiert d’eux de reconnaître une Loi supérieure, un Dieu, une «Demeure éternelle» où l’on doit être «des amis», comme dit le Christ, ou un «Peuple de frères et sœurs» , comme dit Néhémie. Pas un peuple de nationalistes qui se liguent contre les gens du dehors, mais un peuple de gens libérés qui se sont fait «racheter» de leur captivité passée. 

C’est ce rachat qui est leur loi : un droit offert à celui qui n’a rien à donner en échange !

Bien sûr, cette souplesse coûte, ce rachat coûte, ces droits coûtent ! Mais combien plus coûterait un peuple éclaté, une crise prolongée, une production paralysée… Les forts ne font pas leurs calculs jusqu’au bout, s’ils n’y incluent pas la loi supérieure de solidarité et de destin partagé, la loi des amis, des sœurs, des frères…

Un investissement durable

Rassembler le peuple et décider la priorité à donner à cet investissement durable : nous pouvons y penser dans nos procédures démocratiques, pour que nos économies productives soient gérées pour le bien de toutes et tous ! Pour que les uns et les autres puissent consommer, produire, investir, sauvegarder… Ces décisions d’acteurs économiques supposent au-dessus d’elles des cadres politiques, des droits maintenus, des lois et des liens sur un territoire commun à sauvegarder. 

Ces décisions commencent souvent, comme celles de Néhémie, sur un coup de colère (Néhémie 5,6) : les plaintes entendues ont réveillé son cœur, et le vôtre ? Et si l’on décidait, comme dans la parabole, de «se faire des amis» pour qu’ils nous accueillent encore ?

Jean-Pierre Thévenaz
Président de l’association Chrétiens au travail

Lire une autre contribution de StopPauvreté sur ce sujet de votation (interview de Roger Zürcher).

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