« L’homosexualité… un péché? » par Jean-Jacques Meylan

mardi 30 janvier 2018 icon-comments 1

Bénédiction de « couples partenariés », mariage pour tous… Le débat ecclésial et social autour de l’homosexualité est vif. Voici une contribution du pasteur Jean-Jacques Meylan, extraite de son livre coécrit avec Andrea Ostertag : L’amour mal aimé. Jésus, l’ami des homosexuels. Une contribution toujours d’actualité.

L’homosexualité, est-celle innée ou acquise ? Il semble impossible de pouvoir trancher. Il est probable qu’il y ait de l’inné, il est observable qu’il y a de l’acquis.
Lorsque les explications biologiques et psychologiques échouent, il faut alors revenir à l’éclairage théologique (1). Non pas dans le sens que nous voulons attribuer la cause de l’homosexualité à l’intervention de Dieu. Ce n’est certes pas Dieu qui provoque cette prédisposition pour des raisons qui nous paraîtraient bien obscures. Les explications théologiques que nous pressentons rejoignent d’ailleurs les observations des sciences humaines. Il y a du dérèglement dans la nature. La nature est frappée de dysfonctionnements qui créent une tension évidente pour tous, entre l’idéal que nous nous forgeons des valeurs humaines, et les réalités observables. Cette tension, la Bible l’appelle le Péché du Monde. En fait, toute l’humanité est plongée dans un drame théologique dont l’homosexualité, tout comme les injustices, l’adultère, la violence, l’envie, la méchanceté, la jalousie, les meurtres, les querelles, l’orgueil, la dureté de cœur, le manque de pitié pour les autres sont les symptômes observables. Ainsi, au risque de provoquer de l’incompréhension, il faut reconnaître que l’homosexualité est de l’ordre du péché. Néanmoins, faut-il encore s’entendre sur le sens de cette affirmation.
 
Lorsque l’homosexualité n’est pas un péché
L’homosexualité est d’abord ressentie comme une pulsion, une orientation, une attirance pour les personnes de son propre sexe. En langage biblique, une telle prédisposition s’appelle une tentation. Chaque être humain connaît des tentations selon les prédispositions qui l’habitent. Chacun expérimente, pour n’en citer que quelques-unes, des pulsions de colère, des envies meurtrières, des élans de convoitise. Les pulsions sont constitutives de la nature humaine. Chacun peut, à un moment ou un autre, être tenté de « convoiter la femme de son prochain » (Exode 20.17). Or, au sens de l’épître de Jacques (1.13), la pulsion, la convoitise, n’est pas un péché. Il n’y a pas de péché à être tenté. Nul ne se trouve en faute moralement ou spirituellement tant qu’il résiste à la tentation.
C’est céder à la convoitise qui devient péché. Ainsi une homosexualité latente n’est pas en soi un péché.
Dans bien des cas, l’homosexualité n’est pas choisie. Elle est subie, souvent avec douleur. La personne d’inclination homosexuelle est victime de son itinéraire de vie. Aussi elle doit a priori être appréhendée avec compassion, sans jugement ni rejet. L’« homosensible » est souvent quelqu’un qui souffre, car il (elle) sent que quelque chose d’inachevé s’est inscrit dans son développement. Il n’est pas responsable de cet inachèvement. Aussi, c’est de bonne foi qu’il (elle) donne à ses relations sociales, affectives et sexuelles, les formes qui lui paraissent appropriées, car ce sont les seules dont il (elle) a la ressource.
Chaque être humain est d’abord un pécheur devant Dieu, un pécheur aimé pour lui-même, indépendamment de son orientation sexuelle. Chacun a besoin de grâce et de miséricorde. Chacun est inscrit dans le désir universel d’amour de Dieu. Chacun, hétérosexuel et homosexuel, est invité à soumettre sa vie sexuelle aux critères de pureté, de prévenance et de respect de l’autre, afin d’être témoin des valeurs de l’Evangile. Si la sexualité « hors mariage » est répréhensible, cela ne veut pas dire que tout acte sexuel accompli dans le cadre du mariage soit automatiquement bon (2). Pour certains homosensibles, la grâce et la puissance de Dieu peuvent réorienter leur orientation. Ils expérimenteront la puissance régénératrice de la grâce de Dieu et pourront s’engager dans une relation hétérosexuelle. Mais pour d’autres, le miracle sera « seulement » intérieur. En vivant la grâce de la chasteté, la dynamique de l’Esprit leur permettra d’assumer dans la paix une situation qui n’est pas pour autant radicalement modifiée (3). Ainsi, l’homophile qui entendra l’Evangile et souhaitera s’engager dans l’Eglise en voulant, avec l’aide de Dieu et de ses frères et sœurs, se dégager de son ancienne manière de vivre, aura pleinement sa place dans l’Eglise, sans restriction… Même si cette personne garde son orientation fondamentale, si elle est décidée à la vivre dans la chasteté et la confiance en Dieu, rien n’empêche qu’elle puisse accéder aux divers ministères de l’Eglise, y compris le ministère pastoral, si elle s’en sent capable et si l’Eglise le confirme (4). Cette dernière affirmation, sous la plume d’un théologien évangélique, est audacieuse. Beaucoup n’y souscriront pas. Cependant, il faut reconnaître que, dans la perspective de la théologie du ministère, elle est compatible avec l’enseignement biblique.
 
Lorsque l’homosexualité devient péché
On l’aura compris, c’est la pratique homosexuelle qui doit être qualifiée de « péché ». Mais encore faut-il s’entendre sur ce mot de peur qu’il ne prenne une connotation faussée. De plus, il convient de distinguer les comportements homosexuels qui résultent d’une pulsion profonde ressentie comme une contrainte parfois douloureuse, des comportements qui traduisent une recherche effrénée du plaisir sensuel sous toutes les formes possibles (5).
De quel péché s’agit-il ? S’agit-il d’un acte répréhensible dont l’auteur est moralement coupable ? S’agit-il d’une faute intentionnellement commise, ou d’une faute qui résulte d’une souffrance dont l’auteur se sent victime ? Il est important de faire ces distinctions et de repérer les dispositions des cœurs.
Sans vouloir minimiser la gravité du péché, il faut aussi lui attribuer les connotations que l’hébreu, avec son langage imagé, sait si bien donner. Le péché évoqué en rapport avec Sodome, en Genèse 18.20, signifie littéralement « rater la cible ». Et l’on comprend bien cette image lorsqu’on perçoit que l’homosexualité rate le projet créationnel de Dieu orienté vers la vie et son renouvellement. C’est alors qu’il faut faire intervenir la notion de Péché du monde, le péché universel tel que Paul le mentionne dans son épître aux Romains : « Tous ont péché et sont privés de
la gloire de Dieu » (3.23).
Nous sommes tous contaminés par cette force de rupture, de mort, de destruction qui se nomme le Péché. Et ce Péché s’exprime dans tous les péchés des hommes : les guerres, les meurtres, la violence, toute forme de trahison, d’injustice, d’infidélité, etc. Le Péché récapitule tout ce qui est contraire à la vie, tout ce qui ne va pas dans le sens de la vie. Sous cet angle, l’homosexualité est par excellence un péché, car c’est un acte stérile, un acte qui n’est pas porteur de vie.
L’homosexualité est ainsi l’un des signes du Péché du monde, signe concret d’un monde en rupture par rapport à sa visée, son projet d’origine.
Comme dit ci-dessus, toute l’humanité, sans exception, déplore les dysfonctionnements qui la marquent. Bien sûr, elle ne les nomme pas « péchés », car ce vocabulaire est de culture biblique. Mais la notion d’échec d’un projet universel d’harmonie est une notion commune à tous les êtres vivants. Et chacun désire améliorer cet état de fait. Chacun souhaite un monde meilleur avec plus de justice, moins de crimes, moins de violence, plus de solidarité. Paul évoque ces désirs dans l’épître aux Romains : « Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement » (8.22).
 
Le soupir d’un monde blessé
Nous pouvons comprendre l’homosexualité comme l’un de ces soupirs d’un monde blessé, d’un monde souffrant de toutes les souffrances qu’on lui a infligées et qu’il s’est infligées à lui-même. Ainsi, l’homosexualité participe au Péché du monde au même titre que tous les abus, toutes les injustices, toutes les violences et toutes les infidélités.
Jean-Jacques Meylan
 
Notes
  1. Cet article est la reprise d’un chapitre du livre d’Andrea Ostertag et Jean-Jacques Meylan, L’amour mal aimé. Jésus, l’ami des homosexuels, Dossier Vivre 24, Genève, Je Sème, 2011 (2e édition), p. 31-36. Ce Dossier Vivre est disponible auprès du secrétariat de la FREE au prix préférentiel de 10.- + frais de port.
  2. Thomas E. Schmidt, L’homosexualité, Perspectives bibliques et réalités contemporaines, traduction Sylvette Rat, Cléon d’Andran, Excelsis, 2002, p. 226.
  3. Louis Schweitzer, « L’homosexualité et l’Eglise », in Les Cahiers de l’Ecole pastorale, hors-série n°4, décembre 2002, p. 9.
  4. Louis Schweitzer, ibid., p. 11.
  5. C’était le cas, semble-t-il, de la plus grande partie des pratiques homosexuelles dans le monde gréco-romain. De nos jours, on trouve, dans la littérature et dans les médias, des incitations à de tels comportements.

1 réaction

  • Bordigoni samedi, 10 février 2018 06:59

    Merci pour ton article Jean-Jacques. Pour ma part je relèverais que la sexualité dans un couple n'est pas que "reproduction" mais aussi plaisir et deuxièmement, personnellement, j'irais plus loin que l'accueil de celui ou celle qui se sent malade et voudrais guérir. J'oserais aller jusqu'à accueillir sans condition, comme Christ accueille tout humain. Cependant, je ne franchirais pas le Rubicon du mariage malgré les remarques de certains que dans un couple homosexuel il y a (toujours ?) du masculin chez l'un du féminin chez l'autre. Encore merci pour ta prise de position !.

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