« 'Je suis Charlie' : de la défense du droit au blasphème ! » par Serge Carrel

jeudi 08 janvier 2015 icon-comments 34

Derrière l’horreur du 7 janvier à Paris, il y va de la défense d’un droit fondamental : celui de critiquer le religieux. Pour Serge Carrel, ce droit est au cœur de l’histoire et de la tradition évangélique !

Le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, de 12 personnes assassinées froidement… laisse sans voix ! La consternation devant l’horreur nous gagne et pourrait nous laisser dans un silence pétrifié ! Pourtant derrière ces assassinats, il y a la volonté de faire taire l’exercice d’un droit intimement lié à la liberté d’expression : le droit au blasphème, le droit de profaner le religieux. La défense de ce droit mérite de lever haut sa plume !

Les évangéliques profanateurs !
Au premier abord, les évangéliques sont peu enclins à goûter à ce genre d’exercice. Et pourtant losqu’on y regarde de plus près, leur propre histoire regorge de profanations du religieux en place, légitimé par la force publique.
Au XVIe siècle à Zurich, plusieurs personnes participent au renouveau de la Réforme en affichant des idées différentes de celles du Réformateur Ulrich Zwingli. Au début, Zwingli et les Conrad Grebel ou Felix Manz sont amis. Mais très rapidement, ceux qui seront appelés plus tard « anabaptistes » expriment d’autres opinions sur des questions comme le baptême des enfants ou le rôle de l’Etat dans le domaine religieux. En profanant le sacré de l’époque, ces évangéliques rompent avec les idées dominantes, et même blasphèment selon les bien-pensants. La riposte de la force publique ne se fait pas attendre : plusieurs anabaptistes finissent noyés dans la Limmat.
Nos Eglises en Suisse romande se rattachent historiquement au Réveil qui traversa le protestantisme du début du XIXe siècle. A ce moment-là, des étudiants en théologie redécouvrent un christianisme théologiquement plus traditionnel. La divinité du Christ y est réaffirmée. Sa résurrection aussi. Ces étudiants goûtent à l’importance d’une rencontre personnelle avec le Christ. Ils profanent le sacré de l’époque et connaissent rapidement des difficultés avec les autorités ecclésiastiques. Ils ouvrent alors des groupes proches de leurs idées et certains sont emprisonnés, puis bannis... 
Des personnes habitées d’un idéal ou d’une vision du monde différente doivent pouvoir déboulonner le sacré du jour. Au coeur de l’histoire des évangéliques, il y a une invitation à la liberté de conscience et à la possibilité de critiquer tout discours religieux.

Jésus, un blasphémateur !
D’ailleurs, Jésus de Nazareth n’a-t-il pas été un profanateur audacieux du sacré solidement en place et même un blasphémateur des réalités religieuses les plus intouchables de son temps ? Prenez le débat autour des guérisons le jour du sabbat (Mc 3.1-6). Les bien-pensants sont choqués que Jésus guérisse ce jour-là. Et lui de transgresser cette pratique et de lui redonner son sens en disant : « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat... » (Mc 2.27).
Lorsque Jésus chasse les vendeurs du Temple, il se permet de rappeler un endroit sacré à sa fonction première : celle de maison de prière (Mc 11.15-18). L’un des motifs de sa mise à mort sur la croix réside, pour la plupart des spécialistes, dans une parole sur le Temple où Jésus n’hésite pas à désacraliser cette institution centrale de la religion juive en disant : « Je détruirai ce temple et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme » (Mc 14.58)...
Le religieux n’est pas bon en lui-même. Il est toujours ambivalent. Il peut être l’occasion extraordinaire d’humanisations et de promotions de notre humanité. Il peut aussi être la source d’excès scandaleux : manipulation des foules, asservissement d’un sexe par l’autre, incitation à la violence, violation de droits humains fondamentaux...
D’où le droit inaliénable de le dénoncer, de le caricaturer… et de blasphémer contre des prétentions, qu’elles soient chrétiennes, musulmanes… ou même athées ! « Je suis Charlie » !

Serge Carrel
Rédacteur en chef de lafree.ch, site évangélique d’information 

 

34 réactions

  • Pierre Tschanz vendredi, 09 janvier 2015 12:38

    Cher Serge,

    Dieu sait si la liberté m'est chère et mon respect pour le courage des caricaturistes de Charlie Hebdo est immense, mais "Je ne suis pas Charlie". Oui, le mal, l'injustice et tout asservissement doivent dénoncés et dans ce combat, la caricature y joue un rôle important. Mais comme chrétien, je ne peux pas me séparer de la notion de respect et je me dois d'éviter la méchanceté, alors que dans ce registre-là, Charlie Hebdo n'y est jamais allé de main morte. Cela ne veut pas dire qu'un chrétien doit être lisse comme un galet, les prophètes nous ont d'ailleurs bien montré le contraire. Etre prophétique, that is the question!
    Quant au blasphème, comparer une guérison le jour du sabbat n'est pas se tromper de contexte et de niveau? Et traiter Jésus de blasphémateur, n'est-ce pas en faire un simple employé de Charlie Hebdo? A méditer.
    Ayant dit cela, bravo à tous ceux qui osent nager à contre-courant des idées reçues, du religieusement correcte et qui prennent des risques en s'engageant sur "la voie de la justice".

    Dans l'ambiance du moment, une question subsidiaire semble s'imposer: Comment nos Eglises se situent-elles face à l'islam?

    Pierre Tschanz

  • Pascal Vidoudez vendredi, 09 janvier 2015 12:53

    Merci Serge pour cet article pertinent.

    Un point cependant attire mon attention tout particulièrement.

    C'est celui de l'un des motifs de la mise à mort sur la croix de Marc 14:58.

    Le Sanhédrin avait fait venir des témoins pour condamner Jésus. Mais même sur cette question de la destruction du Temple en 3 jours "leur témoignage ne s'accordait pas" (Marc 14:59). En effet, Jésus "parlait du temple de son corps" (Jean 2:21) et nom du Temple que D.ieu avait « sanctifié pour y mettre à jamais son nom, et où il aura toujours là ses yeux et son cœur (1 Roi 9 :3)

    La raison de la condamnation de Jésus par le Sanhédrin est plutôt la suivante :
    "Alors le souverain sacrificateur, se levant au milieu de l'assemblée, interrogea Jésus, et dit : Ne réponds-tu rien? Qu'est-ce que ces gens déposent contre toi ? Jésus garda le silence, et ne répondit rien. Le souverain sacrificateur l'interrogea de nouveau, et lui dit: ES-TU LE CHRIST, LE FILS DU DIEU BÉNI? Jésus répondit: Je le suis. Et vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. Alors le souverain sacrificateur déchira ses vêtements, et dit: Qu'avons-nous encore besoin de témoins? VOUS AVEZ ENTENDU LE BLASPHÈME. QUE VOUS EN SEMBLE? Tous le condamnèrent comme méritant la mort." (Marc 14:60-64)

    Se prétendre l'égal d'Elohîms est effectivement un blasphème punissable de mort. Ainsi, il fallait reconnaître en la personne de Jésus le Messie, c'est-à-dire "le Christ, le Fils du Dieu bénit". Si beaucoup de Juifs l'ont reconnu du temps de Jésus et au fils du temps (y compris des membres du Sanhédrin), tous n’ont pas vu en Jésus cette facette de « Christ, le Fils du Dieu bénit »

    Une question cependant plus en phase avec le thème de l'article. Où places-tu la limite entre la provocation à outrance dont le quotidien excellait et le droit inaliénable qu'il avait de dénoncer, de caricaturer jusqu'à blasphémer contre des prétentions, qu’elles soient chrétiennes, musulmanes… ou même athées ?

  • Soeur Marianne vendredi, 09 janvier 2015 14:10

    J'abonde tout à fait dans le sens de la réaction de Pierre Tschanz, y compris et surtout dans la question du comment nos Eglises se situent-elles face à l'islam ?
    Jésus a certes provoqué par des actes et des paroles les Religieux de son temps, mais c'était toujours dans une attitude de compassion pour les guérisons, même le jour du Sabbat, et par ses paroles il établissait la Vérité qu'il incarnait. Il( était ) est la vérité, ce que nous ne sommes pas !
    On ne peut pas impunément dire n'importe quoi sans respect surtout face aux convictions des autres, car nous blessons et c'est contraire à l'évangile.
    Ceci étant dit je trouve absolument effroyable ce qui se passe maintenant à Paris et ma prière va aux famille des victimes, mais..... je ne suis pas Charlie !

  • Jean D. Vallotton vendredi, 09 janvier 2015 17:30

    Cet article me fait mal ! al dans mon âme, mal dans mon coeur d'enfant de Dieu.
    Je peux le dire: je ne suis pas Charlie.
    Je n'ai jamais acheté ce journal et ne le ferai pas par la suite, je n'ai jamais approuvé la grivoiserie des caricatures dans CE journal. (j'apprécie les caricatures qui restent une bon moyen d'expression) Combien de fois elles ont heurté ma sensibilité chaque fois que je les voyais sur le net. Mais je ne peux imposer mes valeurs, c'est évident
    Ce qui s'est passé à Charlie Hebdo est un crime qui obéit à une bien triste idéologie, laquelle n'a pas ses racines dans le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, tel que révélé dans les Ecritures.
    Mais alors mettre le Seigneur Jésus au niveau des blasphémateurs, des provocateurs tel que les caricaturistes de C.H., ou encore les Anabaptistes qui ont payé de leur vie leur foi en Christ. Ils ne sont pas morts noyés dans la Limmat, ils furent assassinés par noyade, ce qui est fort différent.
    Je suis triste en lisant cet article, ou alors je n'ai rien compris

  • Bertrand Gounon vendredi, 09 janvier 2015 17:59

    Je suis Charlie.

    Je suis Charlie parce que je crois capital que la liberté d'expression existe et soit défendue.
    Je suis Charlie parce que je crois capital que la liberté d'expression existe pour tous et soit défendue pour tous.
    Je suis Charlie parce que je suis chrétien et que je veux pouvoir m'exprimer librement sur ma foi chrétienne et sur ce que je comprends - certes très imparfaitement! - de la volonté révélée du Dieu trinitaire.

    Mais...aurais-je le courage d'être Charlie si je vivais dans un Etat cherchant à imposer à ses citoyens ce qu'ils peuvent ou non penser et exprimer?
    Et aurai-je toujours le courage d'être Charlie dans l'Etat dans lequel je vis, face à la pensée ambiante...assez différente de la pensée du Dieu trinitaire!

    Oui, il en faut du courage pour être Charlie. Et quoi qu'on pense des vrais Charlie tombés avant-hier sous les balles, leur courage m'interpelle...

  • Claude-Alain Sengstag vendredi, 09 janvier 2015 18:22

    Que je sois Charlie ou pas importe peu, aujourd'hui une minorité (mais malheureusement qui est forte), au nom de Dieu, s'est mis en tête de tuer, parce que l'on a osé attaquer leur identité. Permettez-moi de ne pas me prononcer à ce sujet, ceux qui me connaisse, connaisse également ma position. Par contre, en entendant la situation, je suis ému, j'ai pleurer pour ceux qui sont mort. laissez-moi vous poser une question : aujourd'hui ou demain, vous croisez une personne d'origine musulmane (homme ou femme), comment allez-vous vous la regarder..... Faisons attention de ne pas mettre toute la communauté dans le panier du fanatisme. Nous sommes chrétiens, alors regardons ces hommes et femmes avec le regard de notre DIEU. pensons à eux dans la prière!

  • Marie-Claude Pellerin vendredi, 09 janvier 2015 21:29

    Je ne vous connais pas, Claude-Alain, mais je vous remercie infiniment de "ramener le monde" aux dimensions de notre "ici et maintenant". Comme vous, à l'écoute des événements tragiques de ces derniers jours, mon cœur... et tout mon corps (boule au ventre) ont été bouleversés. Tout comme ils l'ont d'ailleurs été au fil des jours de 2014 où j'écrivais, le 22 août, dans un Billet "Croire aujourd'hui" publié dans le journal "La Région" d’Yverdon-les-Bains et ses environs :

    PENSER OU... PANSER LE MONDE

    Au rythme fou du pouls du monde, les mots chavirent dans ma tête ! Vais-je arriver, mon Dieu, à ne pas déclarer forfait pour ce Billet de la rentrée ? Dans les journaux, à la TV, j’ai vu ces mois-ci tant d’horreurs. Entendu tant de coups de feu, de pilonnages aller-retour et assisté, presque en direct, à des exécutions barbares, à des razzia, des chasse à l’homme, des expulsions et des exodes qui ont tourneboulé mon cœur.

    Et si c’était exagéré ! Si les médias s’étaient trompés ! Oh ! Je voudrais tant me rassurer, clamer que :
    «Non! Ça n’est pas vrai que l’homme devient un loup pour l’homme dès qu’il croit autrement que lui!»

    Et quand défaite et impuissante je me prends à « penser le monde » avec haut-le-cœur et colère contre… les autres : ceux que je vois prendre les armes sous d’autres cieux, en d’autres lieux tellement éloignés du mien, je sais très bien, au fond de moi, qu’en mon ici et maintenant d’humaine foulant la même terre d’où tout comme eux je suis tirée… Je sais très bien qu’en ma maison, qu’en ma cité ou pire... en mon église, moi aussi je traque, condamne et expulse, ceux qui croient autrement que moi !

    Alors pour ne plus le penser, le monde, mais commencer à le « panser », je vais faire miens, mon Dieu, ces mots de Etty Hillesum :

    « Notre unique obligation morale, c’est de défricher en nous-même de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche, jusqu’à ce que cette paix irradie vers les autres. Et plus il y aura de paix dans les êtres, plus il y en aura aussi dans ce monde en ébullition. »

    Aujourd'hui, 9 janvier 2015, mes mots restent les mêmes et non ! Je ne suis pas Charlie (je ne sais d'ailleurs pas dessiner !) mais juste une femme de bonne volonté que Son Père appelle par son nom :
    Marie-Claude

  • Priscille Michel samedi, 10 janvier 2015 06:27

    Tout l'article cité ci-dessous n'est vraiment pas intéressant, mais ces lignes-là le sont... et cela ne m'empêche pas de m'indigner face à ce crime intolérable. Quant à la liberté d'expression, elle a ses limites: le révisionnisme et l'incitation à la haine raciale en sont deux examples.
    « Je ne suis pas Charlie parce que ce n’est pas insulter la mémoire des morts de dire que la ligne du journal relève plus souvent de l’insulte que de l’humour… et que j’aime bien rire mais pas conspuer, choquer, ni humilier. J’entends sur toutes les radios qu’il faudrait absolument republier un peu partout les caricatures de Mahomet pour montrer que l’on ne courbe pas l’échine. Je crains que ce soit l’exemple type d’une fausse bonne idée. Ne pas baisser la tête est une chose ; agiter le chiffon rouge jusqu’à indigner les plus modérés, les blesser dans ce qu’ils ont de plus cher, jusqu’à peut-être les convaincre que les plus radicaux ont finalement quelque raison de s’exciter, en est une autre.
    Paradoxe suprême : les mêmes clament à qui veut l’entendre qu’il ne faut pas stigmatiser les musulmans, qu’il faut même leur tendre la main. Tendre la main de cette façon-là revient à embrasser son prochain en lui disant « Nique ta mère. » Gabrielle Cluzel sur Boulevard Voltaire

  • Olivier fasel samedi, 10 janvier 2015 09:30

    Bouleversé par ces attentats si proches! Mais je n'oublie pas que c'est l'arbre qui cache la forêt des milliers d'autres morts pour la foi chrétienne et la liberté de conscience et d'expression, dont les media parlent peu!
    "Je suis Charlie" parce que je vois en ces caricaturistes iconoclastes ceux qui ont "faim et soif de justice".... Jésus les dit "heureux"! Ils ont quelque chose d'exemplaire qui m'interpelle et me rejoint: c'est peut-être le courage de leurs opinions dérangeantes; la béatitude d'être persécuté pour leurs convictions librement exprimées... Je ne sais pas.
    Charlie hebdo était au bord de la faillite! Il faut croire que la satyre cynique ne plaît qu'à une petite minorité! Et ce qui m'inquiète ici c'est comment cette minorité de trublions a su blesser une minorité de fanatiques religieux, là où ça leur faisait si mal que leur seule réponse n'a pu qu'être celle de la violence folle! Mais une violence telle qu'elle a mobilisé l'élite des forces de l'ordre du grand État français!!! Des petits dessins stupides contre l'Islam ont causé un état de guerre! Et enfin on entend clairement les voix des musulmans modérés et normaux dénoncer les fanatiques. Enfin ils sont sorti de leur silence ambigu. Car Jusqu'à présent je ne les ai pas entendu dénoncer leurs extrémistes de façon aussi claire. Les musulmans modérés sortent du bois, mais je ne suis pas persuadé que ce soit pour tendre une main paisible à la civilisation judéo-chrétienne. J'ai plutôt l'impression qu'ils ont peur des représailles, et qu'ils ne vont pas plus chercher à s'intégrer: nous resterons à leurs yeux toujours des croisés, et des juifs!
    Alors oui, je suis "Charlie", et je suis tout autant "Juif", je suis "Syrien", je suis "Amina Bibi", je suis "Hu Ying" (responsable d'églises de maison en Chine condamné à la prison à perpétuité), je suis "Saeed Safi" (chrétien afghan emprisonné car il administrait un blog chrétien),... Bref je suis tout ce que l'islam nomme "Mécréant", libre de mes opinions.

  • Willi Schildknecht samedi, 10 janvier 2015 11:18

    Rien, absolument rien, ne justifie la tuerie abominable à Paris... mais je ne suis pas Charlie. Je ne peux pas m’identifier avec une expression qui manque de respect et probablement aussi de sagesse ! Quand on "taquine le lion", il ne faut pas s’étonner qu’il attaque ! Dans la vie, chaque liberté a ses règles et ses limites (p.ex. circulation routière, voisinage, école, etc.). Si j’ai vécu avec ma famille dans une République islamique pendant presque 20 ans, il a fallu, pour y parvenir, une bonne part de prudence, de respect mutuel et une volonté de cheminer ensemble. Que le Seigneur console les proches des victimes et qu’IL se révèle à eux !

  • Marie-Claude Pellerin samedi, 10 janvier 2015 13:59

    À la lecture du slogan "Je suis Charlie", une question me laisse perplexe : de quel verbe s'agit-il ? Le verbe ÊTRE ou le verbe SUIVRE ? À mon sens, c'est plutôt du verbe suivre qu'il s'agit, tant il est vrai que, tout comme Charlie est unique au monde, je suis également unique au monde !

    Maintenant, supposons que, demain, je rejoigne le cortège de soutien organisé à Paris, quel verbe utiliserais-je ? Être ou suivre ? D'où cette question : "Serai-je Charlie" (peu probable !) ou "Suivrai-je Charlie", avec tout ce que cela implique dans sa - et ma détermination à oser dire ce que je pense, en toute liberté, dussé-je y trouver... la mort !
    C'est peut-être cette même question que se sont posés Ses disciples juste après l'arrestation de Jésus :
    "Serons-nous Jésus ?" (peu probable, même créé à Son Image et à Sa ressemblance !) ou "Suivrons-nous Jésus ?" dussions-nous y trouver... la mort.
    Et l'histoire raconte que, dans un tout 1er temps, ils n'ont fait ni l'un, ni l'autre...

    Dans mon ici et maintenant de "piétonne" du 21ème siècle, cette même question se pose à moi :
    "Tendant de tout mon cœur et de toutes mes forces à ressembler à Jésus à l'image duquel je suis créée, prendrai-je jusqu'au bout le risque de Le SUIVRE sur le chemin d'amour et de paix qu'Il ouvre sous mes pieds toujours... infiniment, dussé-je y trouver... la mort !
    ... sans doute, comme Ses premiers disciples dans un tout 1er temps...
    ... sans doute me cacherai-je dans ma chambre haute !

  • Zbinden Luc samedi, 10 janvier 2015 14:35

    Quelles sont les limites et dangers d'un slogan (trop) rapidement partagé ? Compassion, stupeur, horreur et émotion , certes pour les hommes abattus et leur entourage... mais au-delà du slogan que l'on souhaiterait me voir partager, ce sont les valeurs d'un journal que j'embrasse; c'est en tous les cas la lecture que d'autres pourraient en faire.... alors non, je ne suis pas Charlie, mais je souffre avec eux. Voici l'excellent texte du pasteur Jean-Marc Potenti: Nous partageons tous l’émotion, la tristesse et l’indignation face à la tuerie dont ont été victimes les journalistes de Charlie-Hebdo et les policiers en service.
    Je suis personnellement ému devant la capacité de nos concitoyens à se mobiliser et à manifester en faveur de la liberté de penser, on ressent d’une manière encore plus forte ce que cela représente d’être Français, et cela quelle que soit notre origine, nos croyances ou nos choix politiques.
    Il y a quelque chose de solennel qui est en train de se produire, au-delà mais « grâce » au drame que nous subissons et que nous aurions tellement aimé ne pas connaître…
    J’espère même que cela n’aura rien d’éphémère et qu’il en sortira quelque chose de bon, de noble pour notre nation.

    « Sommes-nous Charlie » pour autant ?
    C’est là me semble-t-il, que la souffrance et l’émotion risquent de prendre le pas sur la raison.
    Comprenez-moi bien : J’entends et je ressens ce que cette affirmation peut exprimer de solidarité, d’indignation, d’identification, mais aussi de résistance face à ce que l’on voudrait nous imposer, face au totalitarisme politique, à l’intégrisme religieux contre lequel nous devons lutter sans concession.
    Je n’identifie pas les dessinateurs de Charlie Hebdo aux caricatures qu’ils ont réalisées et je ne les condamne en aucun cas. C’est le fruit de leur talent, l’expression de leur liberté ainsi que de leurs croyances, même s’ils auraient récusé ce terme. Au moins pouvons-nous parler de présupposés.
    Et justement, personnellement, je ne partage pas leurs convictions, tout en leur reconnaissant sans aucune réserve le droit de les exprimer et de les publier, tout en riant parfois moi aussi à leur impertinence, plus encore, tout en me laissant interpeller par ce que leur irrévérence révèle de questionnement...
    C’est pourquoi, j’hésite et même renonce à dire « Je suis Charlie », tout en me battant de toutes mes forces contre ce qui les a sauvagement, inhumainement tués, tout en pleurant moi aussi leur disparition en tant qu’êtres humains d’abord, en tant que journalistes aussi.
    En fait, je me demande si l’outrance ne risque pas d’éclipser les réflexions que doivent nous inspirer de tels événements. A suivre, dans la prière, le discernement et la vigilance….

  • Danièle Ariège samedi, 10 janvier 2015 18:13

    Attention à la mention "Je suis Charlie".
    Selon le philosophe Michel Onfray (se déclarant lui-même athée !) entendu sur les ondes de la RTS, jeudi 8 janvier, dans le journal du matin en début de reportage, il mentionne le fait que dire "Je suis Charlie", c'est se déclarer athée tout comme l'était le journal Charlie Hebdo.

    Alors bien que je partage pleinement cette tristesse et cette peine, je ne suis définitivement pas Charlie car je ne peux cautionner l'athéisme de Charlie Hebdo!

    Peut-être faut-il simplement se rappeler les propos de Paul en 1 Corinthiens 10:23 ?!

  • Jean-Luc Chatelain samedi, 10 janvier 2015 19:41

    Je ne suis pas Charlie…ni Serge Carrel !

    Ton article me rends triste, cher ami. Car je pense que tu n’as pas bien saisi ce que veux dire les termes blasphémer et profaner ! Triste parce que ton indignation face aux crimes commis te fait prendre des positions qui sont contraire à l’Esprit de Christ et que ça fait du tort à son Eglise. Où lis-tu dans l’enseignement de Jésus et des apôtres qu’il faut défendre le droit au Blasphème ? Tu te trompes de combats ou alors tu t’associes à tort à ceux qui en ont fait leur combat et qui l’ont payé de leur vie. OUI, je suis profondément choqué par ce qui s’est passé à Paris mais NON, je ne suis pas Charlie et mon combat n’est pas le même ! Je n’ai pas à combattre ni pour la liberté de blasphémer ni pour la liberté d’expression ni même pour la démocratie, car ces trois valeurs ne sont pas enseignées par Celui qui est ma référence, Jésus. Le Royaume de Dieu prêché par notre Maître et défendu par nos ancêtres évangéliques que tu nommes est une arme de destruction massive contre toute hypocrisie, contre toute tentative de constituer une entité politique, institutionnelle ou religieuse au nom de Dieu ! Et c’est surtout un ferment extraordinairement puissant pour nous changer de l’intérieur et changer nos comportements ! Mais ce n’est certainement pas un appel à oser blasphémer au nom de la liberté !!!

    En tant que disciple de Jésus, il nous est simplement demandé d’apprendre à connaitre son enseignement et à vivre comme il le désire dans notre quotidien, ce qui va chambouler effectivement toute notre vie et nous remettre en question sans cesse. Et par ailleurs, cela va aussi provoquer l’ire de nos concitoyens et peut-être nous valoir une persécution insidieuse ou massive suivant nos pays (voir l’index de « Portes Ouvertes » qui vient de sortir sur la persécution des chrétiens) parce que justement, notre combat ne va pas dans le sens du plus grand nombre et de la mode de pensée ambiante et que le Royaume de Dieu bouleverse tous les montages humains de civilisations. Nos frères et sœurs qui souffrent dans tous les pays mentionnés (40 sont musulmans, dans les 50 mentionnés) ne revendiquent pas le droit à blasphémer…mais juste le droit de croire en Jésus ! Revendiquer le droit à la liberté d’expression et le droit de rire de tout et de blasphémer est le combat de nos démocraties occidentales certes…mais certainement pas le combat des disciples de Christ ! On a bien d’autres choses à faire et à réformer dans nos vies.

    Alors non, je ne m’aplatis pas devant l’intégrisme islamique ! Alors oui, je dis haut et fort que je ne sers pas le même Dieu que les musulmans ! Que oui, j’ai un gros problème avec l’Islam qui nous fait croire, tant qu’il est minoritaire parmi nous, qu’il défend les mêmes valeurs que nous…et qui change drastiquement de discours dès qu’ils sont majoritaires ! Apprenons à parler franc dans notre dialogue avec les musulmans, cherchons à connaitre vraiment ce qu’est l’Islam en lisant et en ouvrant les yeux sur le Coran et la vie du prophète pour que nous puissions ne pas avaler les couleuvres que leurs autorités et la presse essaye de nous faire avaler, mais surtout surtout…apprenons à vivre en chrétiens, disciples de Jésus qui connaissons intimement et Lui et Son enseignement ! C’est cela qui va avoir un impact pour nos contemporains et nos voisins musulmans. Mais de grâce, ne défendons pas le blasphème ni la liberté d’expression, ni même nos démocraties ; ce n’est pas le mandat que Jésus nous a donner !
    (Mtt 28 :17 à 20 est le résumé de notre mandat…et le combat de notre vie. A relire ! Ça aide à nous resituer !).

  • Albocicade samedi, 10 janvier 2015 20:15

    Pardonnez-moi, je vous mets ci-dessous le texte d'un billet que j'ai publié (avec un peu de mise en page) sur mon blog, texte intitulé "Je n'aimais pas Charlie Hebdo." ( http://cigales-eloquentes.over-blog.com/2015/01/je-n-aimais-pas-charlie-hebdo.html ). Permettez-moi aussi de préciser que je suis chrétien orthodoxe.

    Je n'aimais pas Charlie Hebdo
    Bon, ce n'est pas un journal que je lisais régulièrement, c'est sûr, mais à chaque fois que je suis tombé dessus, je n'ai pas aimé. Il ne me faisait pas rire, pas même sourire.
    D'abord, je n'aime pas leur "trait", leur style de graphisme.
    Ensuite, je les trouvais souvent injustes, méprisants, volontairement blessants lorsque – au nom d'une prétendue "lutte contre la connerie" – ils s'en prenaient en un immonde amalgame à tout ce qui peut être religieux, du "catho de base" au djihadiste, ne connaissant que l'outrance comme mode d'expression.
    Aussi, pour tout dire, si ce journal – qui connaissait des difficultés financières – avait simplement cessé de paraître, ça ne m'aurait fait ni chaud ni froid.

    Mais voila... ça ne s'est pas passé comme ça.
    Il y a eu cet assassinat de groupe par deux "vengeurs de prophète"...

    Et non ! Même si je n'aimais pas Charlie Hebdo, même si leur insolence dirigée m'a souvent blessé et blessé des personnes pour qui j'ai de l'estime, même si je trouve que leurs gribouillages ne valaient pas tripette, même si leur "génie" m'a souvent semblé ne pas dépasser le niveau du "pipi-caca" de maternelle, même si je trouvais qu'ils avaient le rire méchant de ceux qui "rient de" et non "avec", même si tout ça et sans doute plus encore,

    on ne tue pas des gens pour ça !

    D'ailleurs, "on ne tue pas des gens".

    Alors, je n'ai pas mis "Je suis Charlie" sur mon Facebook ; ce n'aurait pas été juste.
    Mais c'est comme si je l'avais mis.
    Parce que je suis du même côté de la kalashnikov qu'eux... pas du côté de la gâchette, de l'autre.
    Et ce vendredi, j'irais rejoindre le groupe de ceux qui se rassembleront à cause de ça, dans mon village.
    Officiellement, c'est le maire du village qui a lancé l'initiative locale. En vrai, elle lui a été soufflée par un pasteur protestant. Parce qu'on est comme ça, nous les "bigots", les "culs-bénits", les "religieux", ceux que l'équipe de Charlie méprisait avec tant de morgue : on est avec eux ; on est ensemble, avec eux.

    J'espère que - si le journal reparaît - ceux qui prendront la suite sauront s'en souvenir.

  • Raph samedi, 10 janvier 2015 21:02

    "Je suis Charlie" ne veut pas dire que l'on représente le journal "Charlie Hebdo" ou que nous sommes d'accord avec tout ce qui à été publié par cet hebdomadaire ces 50 dernières années.

    Oui. Ils ont été provocateurs, vulgaires, drôles, dénonciateurs, choquants, etc.

    Mais cela n'est pas la question.

    "je suis Charlie" veut dire que nous refusons que certaines personnes utilisent la force pour empêcher les gens de s'exprimer. Que la violence impose une pensée unique.

    La liberté de pensée implique que les gens soient libres de leur opinion, même si nous ne sommes pas toujours d'accord avec ce qu'ils pensent.

    Soyons donc des Charlie. Laissons à chaque homme le choix de sa pensée et la responsabilité de ses actes. Dieu jugera chaque homme.

    Notre rôle n'est pas de juger. Mais de donner l'exemple. Encore mieux que des Charlie, soyons des chrétiens.

  • widmer myriam samedi, 10 janvier 2015 21:24

    La réaction du philosophe Michel Onfray m'interpelle. Je me suis souvent demandée si l'athée, qui affirme que Dieu n'existe pas, n'a pas remplacé simplement une conviction par une autre. Charlie hebdo était-il athée ou agnostique ? La différence est d'importance! Myriam Widmer

  • Vincent Miéville samedi, 10 janvier 2015 21:32

    Merci Serge pour ce texte courageux, avec lequel je suis en plein accord. Particulièrement la vision de Jésus : un "profanateur audacieux". C'est tellement vrai !

    Dire "Je suis Charlie", ce n'est pas cautionner toutes les publications de Charlie Hebdo. C'est prendre fait et cause pour la liberté d'expression, faire front face à un terrorisme qui s'est attaqué à un symbole, en plus d'avoir massacré des vies humaines. Pour le symbole, je suis Charlie !

  • Gilbert Reverchon dimanche, 11 janvier 2015 08:31

    Dois-je encore ajouter ceci à cela ? ... tant d'avis déjà exprimés. J'aimerais juste dire en effet que tous les héros que tu cites ont oeuvré à "remettre l'église au milieu du village", tandis que les français de charlie hebdo ne défendent qu'un droit: c'est d'être fondamentalement athées, adeptes de cette religion "nouvelle" que l'on nomme en France "laïcité".

  • Loïc dimanche, 11 janvier 2015 11:22

    Polémique come seule vertu... Analyse romantique et très étonnante de l'histoire. Inscription dans une compréhension douteuse du narratif biblique et de 2-3 textes, qui même dans une herméneutique dispensationnaliste, ne peuvent tout de même pas être passés sous silence. Que penser par exemple de la 3ème parole (2ème commandement)?
    Une seule conclusion: retirer ce texte d'un site qui est censé représenter des évangéliques et apporter une certaine réflexion.

  • Girardet Robert dimanche, 11 janvier 2015 15:49

    Je ne suis pas d accord avec Serge Carrel.

  • Patrick dimanche, 11 janvier 2015 16:07

    Cet article me dérange vraiment, car il ne peut que diviser. Jésus était provocateur, mais jamais blasphémateur, il y a une grosse différence entre ces deux comportements.

    Je suis Charlie, que ce soit ETRE ou SUIVRE, je ne peux pas. Charlie Hebdo est antisémite et antichrétien, même si il dénonce des choses justes, cela n'excuse pas tout.

    Surtout "Je suis Charlie" empêche la vraie question: celle de la place et du rôle de l'Islam dans notre société. C'est trop facile de parler "d'extrémisme". Les années 30 sont oubliées depuis longtemps, la lâcheté devant le nazisme aussi.

    L'Islam est-il compatible avec la démocratie? Ne sommes-nous pas naïfs en croyant cela?

    Ces terroristes sont des assassins, des repris de justices, probablement manipulés. Ce qu'ils ont faits est profondément inacceptable, mais ce sont aussi des hommes ayants appliqués le coran à la lettre. Ouvrons les yeux.

    Monsieur Carrel, quel est votre but? Je ne comprends pas, ou trop bien. Mais je suis fâché de retrouver l'infâme soupe médiatique actuelle, pliant le genoux devant l'idole de la multi culturalité dans un journal à prétention chrétienne.

    Mais cela confirme ma déception vis à vis de "Vivre", journal aveugle devant la lente dérive du monde évangélique, lequel ressemble toujours plus au monde réformé, avec 30 ans d'écart, et sans les qualités intellectuelles.

  • Bally Claude dimanche, 11 janvier 2015 18:54

    Merci pour cet article . je partage volontiers ce point de vue. Merci
    Bien sûr il est possible de développer d'avantage le sujet .Pourquoi pas dans le journal vivre avec des articles de divers orientations. Je suis une partie de Charlie. Salut

  • Jean-Charles Moret dimanche, 11 janvier 2015 22:48

    Ne tirez pas sur l’ambulance !
    Je parcours ce soir le site de la FREE, et découvre toutes les réflexions à l’article de Serge Carrel. Personnellement, je ne peux pas me rallier simplement à ce cri « Je suis Charlie ». Parce que derrière ces trois mots, il y a toutes sortes de signification, de la simple solidarité avec des victimes, au soutien d’un type de presse, ou même d’une idéologie.

    Mais je ne peux pas non plus m’associer à quelques termes durs que je lis en réaction à l’article de Serge Carrel, voire à sa personne. Je connais suffisamment Serge pour savoir que, s’il aime les mots forts et provocateurs, il est avant tout un disciple du Christ qui aime le Seigneur et l’Eglise, qui a à cœur la proclamation de l’Evangile en Suisse romande, et qui cherche à vivre concrètement sa foi, sans crainte d’en payer le prix.

    Même si, en volant au secours de la liberté de presse, Serge grille un feu que vous voyez rouge, s’il vous plaît, dites-le lui, mais sans tirer sur l’ambulance !

  • Priscille Michel lundi, 12 janvier 2015 02:17

    Salut Serge,

    Voilà la prise de position de Bob Eckblad que tu as - me semble-t-il - rencontré lors de ton séjour à Vancouver... Aumônier de prison depuis plus de 20 ans dans une prison et travaillant avec les parias de la société, sa perpective est celle d'un homme du terrain.

    Deeply troubled by news of this week’s killings of journalists at Charlie Hebdo, France’s beloved satirical newspaper, by two French Muslim brothers of Algerian descent, Chérif and Saïd Kouachi. I’ve been haunted by footage I saw of these gunmen’s shooting of a police officer in cold blood on a Parisian street where our good friends live and where we regularly stay. The killing of four hostages in the Jewish kosher grocery store by another jihadist activist, followed by the French police’s shooting of all three gunmen, has made this a traumatic week for France and the world.

    Should we be surprised by these killings? Offense, resentment, and shame carried by many young Muslim men and others on the margins today incite rage. In this case, the rage is directed against the dishonoring gaze and mocking words of journalism that appears to consider nothing sacred, except free speech.

    In the twenty years of my chaplaincy ministry in our local jail and in prisons around the world, I have witnessed the consequences of the exercise of free speech over and over. Exercising your freedom of speech to say whatever you want in a prison context (and many other places too) is possible, but it is not advised, especially if your words increase offense and lead to a sense of powerlessness and shame when the offended one may not have an effective way to respond. If you disrespect someone’s mother, girlfriend, or even fellow gang member, you will likely pay the consequences at some point.

    Cartoons of a naked Prophet Mohammed published by Charlie Hebdo, as well as images of the victims of Israel’s recent bombing of Gaza or America’s tortured detainees add to many Muslim people’s experience of being disrespected by the powerful status quo. Chérif and Saïd Kouachi sought to vindicate the honor of Mohammed (and his followers).

    Many second generation immigrants, like Chérif Kouachi and his brother (who was orphaned and then raised in France’s foster-care system), experience tremendous alienation growing up in Western European countries as disaffected minorities, and they find refuge in their identity as Muslims. Chérif Kouachi was reputed to have been first radicalized in his early twenties when he saw images and heard reports of American soldiers torturing Iraqi prisoners in Abu Ghraib prison.

    The tremendous violence unleashed on Palestinians by Israelis has radicalized many young Muslims. Attacks on Muslims in Iraq, Syria and Yemen by Americans and their coalition through bombing raids, drone attacks, incarceration and torture is radicalizing many more. And Western media that dishonors Islam or justifies violent actions against it only adds salt to the wounds.

    People all around the world have reacted to the massacre at Charlie Hebdo by identifying with the slaughtered journalists, who have come to represent freedom of speech. Masses of mainstream Westerners with signs “I am Charlie” or “We are Charlie” (“Je suis Charlie”; “Nous Sommes Charlie”) are effectively cloning en masse those viewed by Muslims as dishonoring and mocking Islam.

    When the French public and their sympathizers choose to first and foremost stand in solidarity with champions of freedom of speech (the French value of freedom or “liberté”) rather than prioritizing pursuit of communication and mutual understanding with Muslims (the value of brotherhood or “fraternité”), they further dishonor disaffected Muslims, provoking them toward deeper frustration and resentment and increasing violence.

    So how might followers of Jesus respond to this escalation of hatred and violence? Jesus warned his disciples: “You will be hearing of wars and rumors of wars. See that you are not frightened, for those things must take place, but that is not yet the end” (Matthew 24:6). Jesus expects his listeners to be aware that history is heading toward increasing tension and to resist the natural tendencies toward hard- heartedness or violence.

    “Because lawlessness is increased, most people’s love will grow cold. But the one who endures to the end, he will be saved. This gospel of the kingdom shall be preached in the whole world as a testimony to all the nations, and then the end will come” (Matthew 24:12–14). Anyone listening to Jesus is told to not be fearful, but to get on with the highest priority work—announcing the Gospel of the Kingdom. What is this Gospel?

    It most certainly does not include Christians identifying with or justifying swift and effective retaliation, increased surveillance, growing suspicion, incarceration, hatred against Muslims, or fear. When James and John ask Jesus if they should call down fire from heaven to consume the Samaritans who refused them entry as they traveled toward Jerusalem, Jesus rebukes them, saying: “You do not know of what spirit you are of. For the son of man did not come to destroy men’s lives but to save them” (Luke 9:55–56).

    Those following Jesus need empowerment by the Holy Spirit to love our neighbors, to love our enemies, and to actively pursue understanding and reconciliation. This includes first taking the log out of our own eyes through confessing our sin and renouncing our violence. We must refuse our natural proclivity to judge the other, and to seek instead understanding with Muslims or anyone we label an “offender.” Honest communication can happen only when we build relationships.

    Now we have an opportunity—to refuse to let our love grow cold or be overcome by evil, but to pursue Spirit-guided ways to overcome evil with good; to refuse to let the light of our Gospel be overcome by the darkness, but to shine brightly, so that all can see the light of the face of Christ—the world’s Messiah Savior.

    In contrast to the shaming gaze, we must seek to look with the compassion of Jesus, who sees the crowds harassed and helpless, like sheep without a shepherd, and then exclaims: “The harvest is plenty but the workers are few: beg the Lord of the harvest to cast out workers into the harvest.”

  • CORNEZ lundi, 12 janvier 2015 07:39

    Monsieur Carrel,
    J'ai souvent apprécié bon nombre de vos articles et de vos interview, sans être en attente impatiente du mail de la free. A travers vos différentes interventions, y compris, celles qui relèvent du visuel, j'ai vu en vous quelqu'un qui présente une grande ouverture d'esprit d'autant plus appréciée que j'ai toujours essayé de m'inscrire dans un regard ouvert. Toutefois, je ne suis pas Charlie, car, cet hebdomadaire, sous le couvert de liberté, avait l' humour de ces potaches qui découvrent qu'ils ont un sexe, où, qu'il est bien d'insulter le ciel! Parlons du blasphème, faudrait-il en donner une définition, selon le ROBERT, c'est émettre des propos insultant une divinité. On peut donc dès lors ne pas l'interdire aujourd'hui, car, je pense que le Dieu de Jésus-Christ est bien au-dessus de nos blasphèmes. Le problème, c'est que ceux-ci sont en premier lieu entendus par l'autre qui a le droit de croire. Dès lors, le prononcé d'un supposé blasphème devient une insulte à l'autre, notre voisin ou notre frère, et ces propos deviennent mépris, rejet de l'autre. Une telle attitude n'est en aucun cas inscrite dans la charte humaine de la liberté, la déclaration des droits de l'homme de 1789!
    Ceci étant écrit, continuez vos articles que j'ai toujours très souvent appréciés.

  • Rose-Marie Berthoud-Monot lundi, 12 janvier 2015 11:12

    Non, non et non à la justification évangélique de « Je suis Charlie ».
    Non au masscre et à la violence, MAIS :
    Faut-il admirer et soutenir l’infamie et le pseudo-courage de leurs auteurs ?
    Les liens ci-dessous vous permettront de mesurer la portée de ces dessins odieux.

    Charlie Hebdo et Jésus - Recherche Google
    Charlie Hebdo et les Juifs - Recherche Google
    Charlie Hebdo et Mahomet - Recherche Google

  • Jean-Jacques Meylan lundi, 12 janvier 2015 14:05

    Lorsque le journaliste se fait pyromane.
    NON, NON, NON IL N'Y A AUCUN DROIT "évangélique" AU BLASPHEMME. Je suis scandalisé de lire une telle imbécilité. Les médias françaises ont été plus sages que ce je viens de lire, elles qui ont mis en sourdine les affirmations les plus agressives en la manière. Il faut vraiment avoir une dose d'insensibilité et d'ignorance de l'impact social d'une telle ineptie pour écrire des sottises pareilles. J'attends d'un site évangélique qu'il apporte une perspective plus élevée, plus noble, plus spirituelle, plus apte au lien social auquel il est cessé travailler.

  • Henri Bacher lundi, 12 janvier 2015 14:53

    Juste pour défendre Serge Carrel. Avec ce slogan "Je ne suis pas Charlie" nous nous trouvons dans l'espace médiatique actuel et non pas dans l'espace "église". Serge ne s'est pas exprimé en tant que théologien, ni en tant que pasteur. Il s'est exprimé, comme journaliste pour défendre un espace de liberté. Il est vrai qu'il aurait pu laisser tomber l'argumentation biblique avec la question du profanateur ou du blasphème et de se contenter de dire: "toute personne a le droit de dire merde à Dieu". Si nous ne soutenons pas la défense de cet espace, c'est nous les prochaines victimes. Lisez "Matin brun" de Frank Pavloff. Ceci dit, connaissant Serge, il ne soutient absolument pas Charlie Hebdo. Mettez aussi ce texte de Serge dans le contexte du travail journalistique d'urgence. Il faut parer au plus pressé et souvent on ne peut pas faire dans la nuance. J'aime bien ce journalisme qui ose se mouiller. Serge n'a pas péché. Il s'exprime, nuance.

  • Bertrand Gounon lundi, 12 janvier 2015 17:51

    Henri Bacher, je souscris pleinement à votre analyse, tant sur le fond du problème (la liberté d'expression) que sur la forme de l'intervention et la personne de Serge Carrel.

    Comme je l'ai déjà dit en substance dans mon commentaire précédent, je trouve difficilement défendable d'exiger pour nous la liberté d'expression (et notamment la libre proclamation de l'évangile), et, dans le même temps, de souhaiter l'interdire ou à tout le moins la limiter pour les autres (notamment l'expression d'une idée qui nous choque forcément en tant que chrétien!).

    A lire certains commentaires (surtout leur ton), je me demande cependant si nous pouvons déjà librement nous exprimer entre nous? Personnellement, je ne prétends pas que la contradiction est aisée - au contraire, elle est, me semble-t-il, forcément difficile! - mais elle peut être une richesse. Elle peut nous permettre de vérifier le bien-fondé de nos opinions, de nous remettre en question, d'évoluer, etc.

  • Marie-Claude Pellerin lundi, 12 janvier 2015 18:38

    Bernard Gounon, je suis également entièrement d'accord avec vous !
    ... oser s'exprimer déjà entre nous ... là est la question, en somme et... quel "sacré" défi !!!
    Raison pour laquelle, dans ma 1ère intervention, j'ai réduit "Le Monde" à "notre monde" : dans notre ici et maintenant et pas à 100 ou 1000 ou 10'000 km.
    Et je trouve très enrichissant, justement, de pouvoir nous y exercer en parlant et échangeant nos points de vue "paix-siblement" sur la lucarne d'un blog suisse romand... même si je n'ai pas eu le courage de sortir mon dictionnaire pour tenter de comprendre Bob Eckblad dont la position doit certainement être très interpelante.

    En fait, si je m'obstine à "réduire la taille du monde", ce n'est pas pour jouer l'autruche en criant : "Quelle horreur ! Arrêtez l'monde, j'veux descendre !"
    Non ! C'est plutôt, justement, parce qu'humaine parmi + de 6 milliards d'humains, je ne puis m'en désolidariser. Dès lors, plutôt que de baisser les bras devant mon impuissance à agir au Niger, en Syrie, en Irak ou à Paris, je me demande :
    "Et moi ? Dans mon ici-et maintenant ? Et nous, dans notre ville ou notre église ou notre Suisse romande ?" Alors je relis les mots d'Etty Hillesum qui, ayant connu elle-même l'horreur en son temps, nous a donné de quoi penser :
    "La saloperie des autres est aussi en nous. Et je ne vois pas d'autre solution, vraiment aucune autre solution, que de rentrer en soi-même et d'extirper de son âme toute cette pourriture. Je ne crois plus que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur, que nous n'ayons d'abord corrigé en nous."
    ... et, pour y parvenir le mieux possible, même en boitant, je ne vois qu'un Chemin : SUIVRE Jésus au pas à pas de Sa Parole et de Ses actes !

  • Gilles Pellerin lundi, 12 janvier 2015 18:48

    Par principe personnel, je ne suivrai pas l'ensemble, la foule qui crie.
    Donc dans ce cas, rien : pas de suite de ma part.

    Je ne peux pas résumer en trois mots une situation aussi complexe, impliquant le profane et le religieux.
    Une partie de moi est « pour » alors que l'autre appuie sur les freins !
    Je peux dire à la fois que les deux points de vue ont raison et tort à la fois.

    Mais est-ce bien important ?

    Je pense plutôt aux personnes qui ont perdu la vie car elles n’écrivaient, ne dessinaient, ne pensaient pas selon une certaine norme.
    Et cela me remet personnellement en question par rapport à ma propre norme de parole, d’écriture ou de foi, que je veux appliquer aux autres, volontairement ou pas.
    Par ma norme :
    Quelle existence ai-je modifié de manière irréversible ?
    Quelle personne ai-je empêché d’entrer dans une vie de liberté ?
    Quelle personne ai-je mis à l’index dans un groupe, jusqu’à l’exclure ?

    Quant aux commentaires…
    Je préfère penser que ma vérité n’est que partielle et que j’ai besoin des autres, en dialogue ouvert et constructif, pour comprendre un tout petit peu mieux où se trouve le juste chemin.

  • Gadreau Jean-Luc lundi, 12 janvier 2015 21:55

    Merci Serge pour cet article courageux.
    Je ne ferai pas de commentaire sur le "je suis" ... Être ou ne pas être... :)
    Je partage mon court post qui va dans le sens du droit à manier l'humour (je sais... certains diront que ce n'en est pas... Mais qui décide ?!)... et de la liberté de l'artiste.
    http://artspiin.eklablog.com/libre-d-humour-a114211270
    Concernant Jésus, la suestion du blasphème... j'ai le profond sentiment que nous avons tendance à faire de Christ et de bcp de récit biblique, ce qui nous arrange... Les commentaires précédents se placent souvent du côté du chrétien d'aujourd'hui qui lit ces textes avec sa compréhension et sa foi... Pour les religieux de l'époque, les actes et les paroles de Jésus étaient considérées en effet blasphématoires... et c'est précisément une des raisons essentielles de leur volonté de le voir mourrir.
    Encore une fois, Merci Serge !

  • Carrel Serge mardi, 13 janvier 2015 07:53

    Joli débat autour de la liberté d'expression et de la liberté au blasphème...
    Merci à ceux qui n'ont pas compris ma prise de position de se rappeler que le mercredi 7 janvier 12 personnes - 8 membres de la rédaction d'un hebdomadaire - ont été froidement abattues en pleine séance de rédaction au siège de Charlie Hebdo. Tout cela en criant: "Dieu est grand!"
    C'est inqualifiable!

    Je suis définitivement Charlie, mais aussi Ahmed... policier... juif...

    Bien à vous!

    Serge Carrel
    Journaliste et pasteur

    PS. En guise de conclusion, cette caricature transmise par le Martinebacher Hebdo!
    http://www.lafree.ch/media/k2/items/cache/8d5ef66b4b9dbd10b4340065ef1e379e_L.jpg?t=1421138802

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