Jérémy Burgat, un civiliste dans le Sud : un engagement « Stop pauvreté 2015 »

vendredi 07 juillet 2006

Souvent la lutte contre la pauvreté dans les pays du Sud apparaît à des années-lumière de notre quotidien. Pas si sûr ! Prenez l’expérience de civiliste de Jérémy Burgat. Au travers d’un engagement de 5 mois et demi dans le Sud, ce Neuchâtelois a posé sa modeste pierre à la construction d’un monde plus juste. Une action qui ouvre des pistes intéressantes pour tous les jeunes qui veulent s’investir dans le cadre de la campagne « Stop pauvreté 2015 », une action soutenue par les AESR et lancée ce printemps par les chrétiens évangéliques romands.

« Avec peu de moyens, on peut faire une grande différence en Namibie ! » A 25 ans, Jérémy Burgat vient de rentrer d’un séjour de 5 mois et demi comme civiliste en Namibie. Ce Neuchâtelois passe en été 2005 ses derniers examens pour obtenir son diplôme HEC de l’Université de Lausanne. Avant de se lancer pleinement dans la vie active, Jérémy veut terminer son service civil. Il lui reste un peu plus de 5 mois à accomplir. Aujourd’hui, il vient de rentrer de Namibie où il a enseigné les math, l’occasion de contribuer avec ses moyens à la lutte contre la pauvreté dans un pays du Sud.

De JEM au service civil
Jérémy Burgat n’est pas un antimilitariste forcené. Il a fait son école de recrues, puis, suite à une formation dans le cadre de Jeunesse en mission (JEM) au Canada, il n’a plus la conviction de devoir poursuivre dans cette voie. Il affiche donc sa préférence pour le service civil. Il est convoqué à l’Organe central du service civil à Thoune pour un entretien d’une heure avec trois personnes. Il leur raconte son cheminement, puis développe sa conviction : « Le plan de Dieu pour moi ne passe plus par l’armée, mais par le service civil, explique-t-il. Mon argumentation était plutôt de type personnel. Je n’ai pas affirmé que je ne pouvais pas faire le service militaire à cause de mon engagement chrétien, mais que mon expérience de Dieu me conduisait à faire du service civil ».
Même si l’argument paraît très subjectif, la commission d’examen lui accorde le statut de civiliste. Jérémy Burgat effectue une première période de service civil de 30 jours en Suisse. Il travaille à la boutique de la Communauté Emmaüs à Genève. Puis il se met en chasse pour une seconde expérience plus longue. Même si le fait de rester en Suisse peut paraître plus confortable, Jérémy ne succombe pas aux sirènes de la facilité. « Voilà 10 ans, je suis parti avec un groupe de jeunes au Burkina Faso pendant 3 semaines. J’ai effectué d’autres séjours à l’étranger et c’était une nouvelle opportunité géniale de vivre une telle démarche... » Jérémy consulte le site web du service civil. En parcourant la liste des ONG qui proposent des engagements à l’étranger de 5 ou 6 mois, il découvre les coordonnées de la SIM, la Société internationale missionnaire. « Je ne connaissais pas la SIM, relève-t-il. C’était une superbe coïncidence. Je ne m’imaginais pas qu’une oeuvre missionnaire pouvait figurer sur les listes du service civil. »

En Namibie avec la SIM
Jérémy Burgat prend contact avec la SIM. Il fait valoir son diplôme de HEC et deux mois de remplacement dans l’enseignement des math. La SIM accepte sa candidature et lui propose de partir pour une école à Rundu en Namibie, moyennant – bien entendu - l’accord de la Confédération. Ce pays d’Afrique australe manque en effet d’enseignants en math.
« Ce séjour en Namibie m’a apporté une vision différente de la vie, explique Jérémy Burgat. Il m’a ouvert à l’importance des relations avec les autres ». Et des relations, le jeune neuchâtelois n’arrête pas d’en nouer. Le matin entre 7h et 13h, avec les classes de 40 ados auxquelles il enseigne les math en anglais. L’après-midi avec les jeunes fans de foot qui se rassemblent sur un terrain pour vaquer à leur sport favori. Le soir avec la chorale de l’Eglise qu’il a rejointe. « Malgré l’abondance de nos bien matériels ici en Europe, nous connaissons une certaine pauvreté relationnelle. En Namibie, j’ai vraiment été enrichi par la qualité des échanges. J’ai eu l’impression de recevoir bien plus que ce que j’ai pu donner au travers de mes cours de math. »

Des activités sportives avec 140 enfants
Pour Jérémy, le moment-phare de son séjour sera un camp de 4 jours pour enfants, organisé peu avant Noël. Un responsable local de la SIM lui confie un rôle-clé dans la mise sur pied de cette manifestation. Fort de son expérience dans le domaine grâce à des camps qu’il a animés avec la Ligue pour la lecture de la Bible et l’Armée du salut, Jérémy Burgat n’a pas peur de relever le défi. « On attendait 300 enfants entre 8 et 14 ans, raconte-t-il. Finalement, près de 500 enfants feront le déplacement. » Il s’occupe des 11 à 14 ans pour les activités sportives. 140 enfants à initier au « passe-moi l’eau », à la danse sur le son du tam-tam ou à la chasse au trésor.
Du point de vue relationnel, Jérémy Burgat découvre aussi le quotidien de la famille d’un pasteur namibien. « Dès le début de mon séjour, se souvient-il, ce pasteur s’est engagé à me considérer comme son propre fils. » Cette relation privilégiée permet à Jérémy de passer du temps avec la famille de ce pasteur qui habite un quartier pauvre de Rundu. Le jeune suisse reçoit même une invitation à passer quelques jours dans la « maison » familiale, une série de huttes réparties sur une concession. « La hutte du fils du pasteur avait quelques trous et une des nuits fut un peu humide, se rappelle Jérémy, mais j’avais l’impression tout de même de me trouver comme dans ma chambre à la maison en Suisse... avec un décor un peu différent, c’est vrai ! »
Au travers de ce séjour de 5 mois et demi, Jérémy Burgat a goûté aux richesses de l’Afrique. Il aimerait continuer à s’engager pour subvenir aux besoins entrevus sur place. « Soit en retournant là-bas pour une plus longue période, relève-t-il, soit en m’engageant financièrement à l’endroit des personnes rencontrées sur place et qui témoignent d’un engagement sérieux avec l’Eglise, avec l’école dans laquelle j’ai enseigné ou avec une ONG locale. »
Serge Carrel

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