« A Beyrouth, la famine guette les plus fragiles »

lundi 31 août 2020

Elle est l’alter ego de Catherine Mourtada. A l’origine du centre médical Tahaddi à Hey el Gharbé, véritable bidonville urbain à Beyrouth, Agnès Sanders signe un livre sur ce qui est devenu une ONG reconnue. Et met en garde : les difficultés économiques sur lesquelles se greffent encore les explosions du 4 août menacent de famine les plus fragiles au Liban.

Derrière ses lunettes aux branches mauves, les yeux d’Agnès Sanders sont attentifs. Et ses mots précis : « Tahaddi en arabe signifie le défi. Avec mon amie enseignante Catherine Mourtada, nous avons voulu combattre l’injustice sociale, l’exclusion, la grande pauvreté. » Active dans le quartier Hey el Gharbé dans le sud de la capitale, leur œuvre vient en aide depuis une trentaine d’années aux Dom, ces gitans du Moyen-Orient fortement discriminés au Liban, ainsi qu’aux réfugiés syriens et autres grands précarisés du pays. Plus de 80 salariés sont aujourd’hui à pied d’œuvre dans les différentes  antennes que sont notamment le centre éducatif, dont s’occupe la Suissesse Catherine, et le centre médical, mis sur pied par Agnès qui, depuis son retour en France en 2009, a passé le relais à un médecin coordinateur libanais.

Augmentation de la grande précarité

La crise économique qui secoue le pays depuis plusieurs mois a fait basculer la classe moyenne dans la précarité. « On estime que 55% de la population du Liban vit en-dessous du seuil de pauvreté aujourd’hui, indique vendredi 28 août à Lausanne la femme médecin, venue faire la promotion de son livre1. Dans le quartier où travaille Tahaddi, la famine guette : par exemple, le lait en poudre pour les bébés est devenu hors de prix et les femmes donnent souvent à leurs nouveau-nés l’eau de cuisson du riz pour le remplacer. On fait beaucoup plus d’aide alimentaire que précédemment. » Dès l’été 2019, la livre libanaise connaît une forte dévaluation. Dans les quartiers proches du port, les personnes dont les logements ont été détruits lors des explosions du 4 août n’ont, pour beaucoup d’entre elles, pas les moyens de les réparer. « La pauvreté a tendance à croître dangereusement. »

Compassion, justice, intégrité

Et cette chrétienne de 68 ans, membre d’une église baptiste à Nantes, de souligner que Tahaddi a toujours mis en avant le vivre-ensemble, comme aussi les valeurs de compassion, de justice et d’intégrité que, pour elle, Jésus a enseignées et incarnées. « Bien sûr, nous ne sommes pas les seuls à nous attacher à ces valeurs-là, mais ce qui est certain, c’est qu’elles doivent s’inscrire dans les activités que déploient nos employés, dont la grande majorité aujourd’hui n’est pas d’obédience chrétienne. » De ses premiers soins à même la rue à la structure actuellement en dur et bien organisée du centre médical Tahaddi de Hey el Gharbé, Agnès Sanders évoque des souvenirs-clés et jette un regard reconnaissant « sur ce que Dieu a fait… et dont le souffle m’a inspirée, mise en route ! »

Mêmes aspirations

Sur 385 pages, on la suit avec Catherine Mourtada d’abord dans les habitations improbables de personnes sans papiers, comme oubliées… puis dans les prisons de la ville. Et on comprend comment, avec foi et persévérance, elles ont su structurer leur rêve d’entraide et découvrir une humanité commune avec celles et ceux « qui ont les mêmes aspirations à la liberté, à la sécurité que nous et le même besoin d’être reconnus ! »   

Gabrielle Desarzens

1 « Tahaddi, sacré défi ! D’un bidonville de Beyrouth à la naissance d’une ONG, des histoires de vie entre ombre et lumière », d’Agnès Sanders, éd. Tahaddi France : 2020. L’intégralité des bénéfices des ventes de ce livre est reversée à l’ONG.

Un deuxième article sur Agnès Sanders et son livre sera publié dans les pages du prochain Vivre, journal de la Free.  

Publicité
  • Quand le Covid percute les jeunes déjà cabossés

    Quand le Covid percute les jeunes déjà cabossés

    Tatiana vit dans un foyer depuis plusieurs années. Elle ne peut rentrer le week-end chez ses parents, décédés il y a cinq ans. « C’est compliqué », dit-elle pour évoquer son quotidien avec la pandémie. Pour Roselyne Righetti, pasteure de rue à Lausanne qui la suit depuis sa naissance, ces jeunes doivent apprendre à ne pas perdre l’espérance. Cette rencontre croisée a donné lieu à une émission diffusée dimanche 30 mai dans Hautes Fréquences sur La Première.

    lundi 31 mai 2021
  • Les soirées masculines d’Alexandre Oehen

    Les soirées masculines d’Alexandre Oehen

    Se retrouver entre hommes, bière à la main, pour parler de ses émotions, voire de ses fragilités : des soirées ou des virées entre hommes font de plus en plus parler d’elles. Pourquoi ? Qu’est-ce qui s’y dit et s’y partage ? Alexandre Oehen, président du Conseil associatif de l’église apostolique CityLife Riviera à Vevey, organise des « soirées feu » depuis 2018 : « Parce que l’homme a tendance à mettre le couvercle sur ses émotions. Or il est précieux qu’il puisse ouvrir son cœur et pleurer comme n’importe quel être humain », a-t-il dit dimanche 18 avril dans l’émission Hautes Fréquences.

    mardi 20 avril 2021
  • Voyager ? Oui, mais autrement

    Voyager ? Oui, mais autrement

    Avec la pandémie, les gens du voyage se retrouvent bloqués dans leurs quartiers d’hiver. Grâce aux beaux jours qui reviennent, ils se déplacent en Suisse et espèrent franchir les frontières sous peu. Pour l’heure, leurs itinérances se font, du moins pour certains d’entre eux, en musique. Rencontre.

    lundi 15 mars 2021
  • Samuel Peterschmitt : « Mes temps de prière sont devenus merveilleux. »

    Samuel Peterschmitt : « Mes temps de prière sont devenus merveilleux. »

    Il y a un an, l’église alsacienne La Porte Ouverte de Mulhouse était accusée d’avoir répandu le coronavirus dans toute la France. Après avoir perdu plusieurs proches et été hospitalisé lui-même, le pasteur Samuel Peterschmitt témoigne aujourd’hui avoir développé son souci de l’autre. Et son envie de communiquer combien vivre sa foi en Christ au quotidien procure de la joie !

eglisesfree.ch

LAFREE.INFO

Instagram

Suivez-nous sur les réseaux sociaux !