Broye vaudoise : ils accueillent un Erythréen

vendredi 20 novembre 2015

Des chrétiens de la Broye vaudoise accueillent un Erythréen depuis quelques semaines. Ils ne voulaient pas rester les bras croisés face à l'afflux de réfugiés en Suisse.

« Quand nos enfants ont quitté la maison, nous avons eu l'idée de mettre nos locaux à disposition », explique Christian Favre, 56 ans, prestataire de services en foresterie et environnement. « C'est pourquoi, nous nous sommes annoncés en mai dernier, en précisant que nous pouvions recevoir une ou deux personnes... et que nous n'avions qu'une salle de bain », complète son épouse Odile, 54 ans, traductrice pour la Maison de la Bible et secrétaire des Rendez-vous avec la Bible. Tous les deux sont également membres de l’Eglise évangélique des Uttins (FREE), à Yverdon-les-Bains.

Un représentant de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) a rendu visite à Odile et Christian, dans la Broye vaudoise. Puis, en août, une délégation de l'OSAR est venue, accompagnée de Bereket F., un Erythréen de 25 ans qui a fui son pays après cinq ans d'embrigadement dans l'armée. Il a passé par le Soudan, où il a été arrêté et rançonné, puis par la Libye où il a été emprisonné durant trois mois. Il laisse sa mère et trois frères au pays.

Bereket est arrivé début septembre chez Christian et Odile Favre. « C'est bien que ce soit un homme, s'amuse Odile. Il peut ainsi bricoler avec mon mari. Comme il fait partie de la famille, il trouve normal de participer aux travaux du ménage ; je lui donne chaque jour des cours de français. » Actuellement, le jeune homme ne peut pas trouver de petit job à cause de la langue. Il découvre également qu'il devra se former et apprendre un métier s'il veut pouvoir vivre en Suisse. L'accueil dans une famille lui sert de tremplin vers le futur.

Un nouvel équilibre familial

Les deux enfants de Christian et Odile, à peine plus âgés que Bereket, ont adhéré au projet de leurs parents, « pourvu que cela ne soit pas un poids trop lourd ». « Nous sommes un peu comme des parents pour Bereket, fait remarquer Christian. Cela modifie l'équilibre familial. Quant aux gens du village, ils me demandent comment ça va avec notre jeune. Ils s'imaginent que ce doit être très compliqué, alors que ça ne l'est pas. »

Il faut quand même préciser que, chez les parents de Christian, des enfants placés par le tuteur général ont autrefois été accueillis. De plus, Odile et Christian ont rencontré des personnes d'autres cultures lors d'un séjour missionnaire de sept ans en Guinée-Conakry. « Notre arrière-plan nous a certainement aidés dans notre décision d'accueillir un réfugié, reconnaît Christian. De plus, je suis un pragmatique. J'aime l'idée de pouvoir contribuer à la mise en œuvre d'une solution. »

Quant à leur foi, Christian et Odile la vivent naturellement, tout en se gardant de tout prosélytisme. « Il nous est arrivé de discuter de questions spirituelles avec Bereket, lorsque l'occasion s'est présentée, précise Christian. Mais nous essayons avant tout de vivre naturellement, tels que nous sommes, sans nous demander constamment si cela est visible sur le plan de l'Evangile. »

  • Encadré 1:

    En faveur d'un accueil personnalisé

    Membre du Conseil communal de son village, Christian Favre entend ce qui se dit dans la population à propos des migrants. Il explique : « La peur domine à cause de certains clichés. Les gens voient par exemple des étrangers traîner et trafiquer près de la gare de Payerne et ça ne leur plaît pas. Mais il faut reconnaître que notre système, qui interdit aux demandeurs d'asile de travailler et les contraint à dépendre du social, provoque des dégâts. »

    Les migrants qui sont accueillis dans des abris de la Protection civile sont particulièrement mal lotis. Obligés de quitter les abris durant la journée, ils peinent à trouver des endroits propices pour réviser leurs cours de français et échanger avec la population et la culture locales. Cela retarde, voire compromet, leur accès à l'autonomie.

    « Sans aide adaptée, les réfugiés ont peu de chances de devenir autonomes en Suisse. Nous ne mesurons pas la complexité de notre société. » Le conseiller communal est persuadé qu'il est impossible d'intégrer les migrants en masse, mais que seul le parrainage de petits groupes et d'individus est vraiment efficace. « J'ai également la conviction que le parrainage d'un réfugié a un effet multiplicateur, explique-t-il. En effet, un jeune qui s’intègre devient un modèle, un stimulateur pour les autres. »

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